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lundi 17 mars 2025


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Sommaire

Article 1 : LA MARCHE À SUIVRE POUR L’EUROPE

par Jean-Jacques REY

Article 2 : POUR LA DÉCONSTRUCTION D’UNE CULTURE DE LA GUERRE...

par Guy CRÉQUIE

Article 3 : LE « LIBERTARIANISME », UNE BARBARIE OBSCURANTISTE, TECHNIQUEMENT ÉQUIPÉE

par Rogue ESR

Article 4 : L’ESPÉRANCE EST UNE CHOSE… LE DÉSESPOIR, UNE AUTRE

par José BARROS

Article 5 : ANTIFÉMINISME ET EXTRÊME DROITE : UN COCKTAIL DANGEREUX

par Camille WERNAERS



Article 1





Image caricaturale de Donald Trump signifiant catastrophe imminente.

Image symbolique de bras mettant gants hygiéniques sur fond d'emblème européen.


LA MARCHE À SUIVRE POUR L’EUROPE
 
 
 

   « Ils » ont mis du temps à réagir et versent subitement dans la grandiloquence et l’alarmisme… À travers l’Europe spécialement, les bourgeoisies qui semblent avoir peur pour leurs parties charnues, marchent maintenant à la dopamine événementielle, en hurlant aux armes et à la mobilisation des peuples (pour défendre avant tout leurs intérêts) ; alors qu’ils ont tant consacré auparavant à la bourse et au commerce, sur le dos de ces mêmes peuples !
   Réalisons bien ceci : les bourgeois des « vieux pays » (occidentaux) sont en train de prendre de sérieux camouflets et ce n’est pas fini. Il faut avouer que l’autre « visionnaire » aux USA n’y va pas mollement dans ses remises en cause… Des fois qu’il se prendrait pour le bon Dieu en personne (du Commerce au moins), il n’y a qu’un pas !

   Une bonne chose à retenir dans ce vacarme de basse-cour, c’est la déconfiture générale des politiques néolibérales prévalant jusque-là dans ce coin du monde. Elles s’avèrent désastreuses pour l’objectif même de leur application généralisée : le renforcement et le crédit de l’Europe, et cela sans parler des volontés évidentes de faire un profit éhonté sinon cynique, en exploitant les faiblesses des autres (à commencer par ses voisins immédiats). Non seulement il y a eu affaiblissement (voire trahison) des nations ; mais il y a eu évidage et ripolinage de la démocratie. Ce n’est plus une orientation politique mais un travail de démolition qui a été fait, et nous devons demander des comptes ; d’autant plus que nous avons affaire souvent à des gens malhonnêtes (dont des responsables politiques éminents).

   Remarquez aussi bien ceci : dans l’Europe embourgeoisée, « on » imagine aujourd’hui des alternatives pour trouver rapidement de l’argent afin de se préparer à la guerre, mais en éludant en même temps une véritable équité en matière sociale : une attention qui contribuerait pourtant à l'acceptation des efforts financiers et au bonheur des peuples. Et quand on se soucie de leur santé: aux gens du peuple, dans les sphères dirigeantes et les milieux d’affaires qui les infiltrent pour "bonne" politique, c’est avec des intentions peu ou prou masquées de faire du profit avant toute forme d’empathie. On a même programmé de réduire les garanties sociales et d'utiliser les épargnes populaires dans l’optique de renforcer les moyens militaires…

  
Bon ! Cela dit, la politique et les menées de Donald Trump sont ignobles à plus d’un titre. Nous n’avons jamais rien à gagner en traitant avec des (néo) fascistes qui ne visent qu’à "tuer" la concurrence et domestiquer leurs adversaires sinon les neutraliser, que cela soit en affaires commerciales ou autres domaines. Croire qu’on peut traiter avec Trump (comme avec Poutine d’ailleurs) est une illusion lamentable qui ne vaut pas la peine d’essayer : surtout pour s’enfoncer un peu plus… Même si je peux comprendre que certains (comme Mr Volodymyr Zelensky) essaient de sauver les « meubles » pour sauver leurs peuples…

   Les U.S.A. sont un pays profondément malade. En leur sein, les lèche-cul du Capital sont comme les mouches à merde : ils volent en essaim  serré sur les déjections du malheur et de l’exploitation pour s’en repaître. Mais ils sont encore plus bêtes que méchants !

   L’entrevue entre Zelensky et Trump-Vance, le 28 février 2025, est révélatrice à ce sujet. Les deux dirigeants étasuniens se sont comportés comme des parrains maffieux, voulant traiter l’Ukrainien comme une marionnette et à défaut le morigénant comme un écolier indocile… On ne pouvait pas faire mieux pour souder le peuple ukrainien avec son dirigeant, question de fierté tout simplement (et pas que nationale), et inciter les autres dirigeants européens à faire bloc autour de lui. Également, la sympathie pour la cause ukrainienne en a certainement profité un peu plus… Certains commentateurs supposent que les deux indélicats yankees s’adressaient d’abord à leur électorat, pour leur montrer qui était en vérité le « patron »… Moi, je veux bien ; mais maintenant au moins les choses sont claires et les illusions sur « l’allié fidèle » (USA) s’envolent ; d’ailleurs avec des amis comme ça, on n’a pas besoin d’ennemis, dirai-je, banalement. Même s’il ne faut pas loger tous les Étasuniens à la même enseigne. Certains conservent de l’honneur et une morale, ils ne s’alignent pas sur des idéaux funestes et des concepts rétrogrades… Espérons qu’ils pourront sauver la face de leur pays un jour prochain, car celui-ci s’enfonce de jour en jour dans un trou insondable…

   Trump avec ses déclarations de convoitise sur le Groenland, Panama ou le Canada, et à la suite sur Gaza (où s’arrêtera-t-il ?) ce personnage-là, il nous rappellerait bien la volonté de Hitler et ses prétentions sur les Sudètes, Dantzig, et tout le reste au siècle dernier. Entre nous, ses prétentions impériales même si, elles restent des provocations, en disent long sur ses considérations du droit international et de la volonté des peuples… Et pourtant, je le répète, ce type n’est que le reflet de l’opinion majoritaire dans son pays qui se distingue depuis des siècles (au moins quatre maintenant) par son comportement belliqueux.

   Je pensais cela depuis un moment déjà, mais Trump m’a pris de vitesse si j’ose dire. En Europe et en France particulièrement, on a l’arrogance des « Grands » mais sans en avoir réellement les moyens : ainsi sont à considérer, ces rodomontades, sur notre dissuasion nucléaire actuellement, quelle rigolade (ça rappelle le mythe de la ligne Maginot en son temps, toute proportion gardée) ! Nous tardons ou avons tardé à le réaliser.

   Nous sommes revenus (si jamais nous en étions déjà partis) à la logique des empires et ceux-là ont tendance à phagocyter…
   Mieux vaut s’éloigner et même rompre le cas échéant avec les USA de Trump. Celui-ci veut mettre l’Amérique en rang derrière lui (Groenland y compris) pour mieux s’occuper de la Chine, devenue bien expansionniste à son tour, et nous laisser (les Européens) en tête à tête avec Poutine et la Russie : celle-là poussée malencontreusement du côté de l’Empire du Milieu (Chine ancestrale) par les travestis russophobes, néolibéraux et sociaux-démocrates, parvenus à diriger la plupart des gouvernements dans le dit Occident ; à charge pour nous de nous débrouiller comme des grands dès lors ; ce qui s'annonce beaucoup plus comme un bien qu’un mal et salutaire, à vrai dire…
   Trump et son équipe n’attendent rien de nous et ne cesseront de vouloir nous humilier et mettre au pas, en veillant à nous laisser en situation d’infériorité et dépendance ; car ils ne supportent pas la concurrence d’influence ou économique, surtout venant de « vassaux » (et pour cause : « America first » !) Par ailleurs, ils ont bien assez de vouloir rabaisser la Chine…
   Ce sont toutes les caractéristiques de l’impérialisme mues par des gens agressifs qui entendent rester « Number One » et « maître du monde ». Avec ceux-là, il n’y a pas d’échappatoire qu’une bonne explication de gravure, et s’il le faut, en lieu et place sur le terrain…

   Pour notre compte, nous ferions mieux de rompre avec l’OTAN ou faire quelque chose de spécifique à côté ; car l’Europe ne peut compter que sur elle-même, au lieu de subir avec complaisance les visées des U.S.A. En France, l’illustre Charles de Gaulle l'avait bien compris, fort perspicace sur ce point, et l’inénarrable Nicolas Sarközy de Nagy Bocsa qui nous a remis dedans (l'OTAN), beaucoup moins ! La C.I.A avait bien intrigué à ce sujet : ce n’est pas pour rien que certains le surnommaient « Sarko, l’Américain »…  

   Voilà, mes chers concitoyen-ne-s et autres du genre humain à travers la Terre, n’ayons pas d’états d’âmes outre mesure ; et ; mieux vaut laisser les Étasuniens se débrouiller en exclusivité avec les Chinois ; puisqu’ils nous laissent en retour seuls face à nos problèmes, ramenant toute préoccupation en cette époque à des cogitations qui tournent autour du deal et du fric. Amen






- En cinq articles -
Voies et voix de l'Extrême-Droite dans le monde
- En quatre articles -
Mainmise sur des ressources essentielles à la subsistance (*)





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Les nouveaux seigneurs féodaux à la conquête du globe
Par Javier Gallego ; 13 janvier 2025

investigaction.net/les-nouveaux-seigneurs-feodaux-a-la-conquete-du-globe/

[*Javier Gallego est un journaliste espagnol et animateur d'émission TV et radio, ainsi qu'écrivain et musicien. Il se distingue par une approche critique et son engagement social, mêlant culture, activisme, politique, humour et musique. Il est également reconnu pour son modèle de financement participatif qui a permis à son émission "Carne cruda" de prospérer après son départ de la SER: [Société Espagnole de Radiodiffusion]. Il possède un master en radio de l'Université Complutense de Madrid.]

Les grands magnats de la technologie se sont lancés à la conquête du globe, avec Elon Musk en tête. L'homme le plus riche de la planète est l'empereur d'un nouveau féodalisme de monarques entrepreneuriaux qui aspirent à un monde gouverné par des PDG, principalement issus du secteur technologique.

La quête du pouvoir absolu
Les maîtres du monde veulent s’approprier définitivement tout. Le contrôle économique ne leur suffit plus, ils veulent le contrôle politique total pour favoriser leurs intérêts et éliminer tous les obstacles à leur croissance. Trump est un homme d’affaires qui convoite la présidence pour transformer son pays en une entreprise et profiter de sa position pour faire des affaires. Elon Musk finance sa campagne et la propulse sur son réseau social dans le but d’intégrer le gouvernement américain pour vendre sa technologie et démanteler l’administration qui freine le Marché. Comme Milei tente de le faire avec sa tronçonneuse en Argentine. L’État est un frein aux ultralibéraux. La démocratie est un obstacle. Il faut le détruire.

L’ultracapitalisme et le fascisme
L’histoire du XXe siècle a déjà montré que l’ultracapitalisme mène au fascisme. Cela s’explique par deux raisons complémentaires : les crises provoquées par le capitalisme poussent les pauvres à s’accrocher à un leader fort et autoritaire, ce qui est exploité par les riches pour mettre fin aux démocraties qui limitent leur pouvoir. Dès que les entrepreneurs allemands ont compris cette simple équation, ils se sont précipités pour soutenir Hitler. C’est ce qu’ont fait les multimillionnaires américains avec Trump. Même Jeff Bezos a fini par s’agenouiller devant lui et lui donner de l’argent pour son retour à la Maison Blanche, comme le montre la caricature d’Ann Telnaes qui n’a pas pu être publiée dans le Washington Post, désormais propriété du propriétaire d’Amazon, qui a également mis son veto à l’éditorial traditionnel du journal en faveur des démocrates. Si la presse ne vous soutient pas, vous l’achetez.

Le nouveau féodalisme technologique
Les grands magnats de la technologie se sont lancés à la conquête du globe avec Elon Musk à leur tête. L’homme le plus riche de la planète est l’empereur d’un nouveau féodalisme de monarques entrepreneuriaux qui aspirent à un monde gouverné par des PDG, principalement issus du secteur technologique. Ce n’est pas le scénario d’une série, c’est le scénario qu’ils suivent. Ils l’appellent Néoréaction, NRx en abrégé, et soutiennent que la seule façon de maintenir le progrès économique est une société inégalitaire gouvernée d’une main de fer par des entreprises technologiques qui libéralisent le marché. L’ancienne Silicon Valley est morte, vive la nouvelle Silicon Valley féodale.

Le contrôle de l’information
Ce n’était pas un caprice pour Elon Musk de s’emparer de Twitter. C’était une partie de sa stratégie car il a compris que les réseaux sociaux sont le mécanisme de contrôle et de privatisation du moteur des démocraties : l’information. Les réseaux sont littéralement cela, des filets pour pêcher, pour piéger. Des armes de domination massive. Musk le sait et c’est pourquoi il en a acheté un et a modifié l’algorithme pour diffuser son message : la politique démocratique ne résout pas les problèmes, seul le marché le fait. Hier encore, Mark Zuckerberg a suivi ses traces. Le propriétaire de Meta a annoncé la suppression des systèmes de vérification d’Instagram et de Facebook avec les mêmes arguments que Musk : les vérificateurs restreignent la liberté d’expression et sont devenus une forme de censure. Censure de gauche, censure réveillée, cela va sans dire (que Trump ait menacé de le mettre en prison s’il utilisait Facebook contre lui, y est sûrement pour quelque chose).

La menace pour la démocratie
Les néoféodalistes pensent que nos libertés sont une limite à leur liberté. La liberté du Marché. Comme l’a dit le plus grand donateur de la campagne de Trump, le multimillionnaire Timothy Mellon, les programmes d’aide sociale sont « une forme moderne d’esclavage ». L’esclavage qu’ils veulent est celui qu’ils peuvent nous vendre. Néoféodalisme : nous vous donnons une protection si vous renoncez à certains de vos droits et payez la dîme. Pour cela, ils doivent nous supprimer en tant que citoyens et nous réduire à l’état de clients et de serviteurs. C’est la fin de l’altruisme démocratique pour imposer le darwinisme social. La compétition acharnée, le chacun pour soi, la mêlée générale. Loi du plus fort à laquelle contribuent les réseaux dans la sphère publique et turbocapitalisme dans la sphère économique.

Conclusion
Les manœuvres de Musk, qui propage des fausses informations contre le leader travailliste en Angleterre (où il finance l’ultra-droitier Farage) et les sociaux-démocrates en Allemagne (où il soutient les néonazis de l’AfD), ainsi que celles de Trump, qui menace de s’emparer du Canada, du Groenland et du Canal de Panama, font partie de cette stratégie de déstabilisation visant à affaiblir les démocraties et à renforcer leurs intérêts commerciaux, tant ceux des États-Unis que les leurs propres. L’objectif est d’étendre leurs zones d’influence dans leur lutte contre le « seigneur féodal » chinois et d’imposer le néoféodalisme à l’échelle mondiale.
Cela ressemble à un scénario de film, mais c’est bien réel. Le Pentagone a acheté à Elon Musk le plus grand système de surveillance planétaire jamais conçu. Il n’y aura plus un seul endroit où nous pourrons nous cacher. .../...


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Quand la politique se nourrit de la peur (notes sur le fascisme)
Par César Trómpiz ; publié par Bernard Tornare 3 Mars 2025

b-tornare.overblog.com/2025/03/quand-la-politique-se-nourrit-de-la-peur-notes-sur-le-fascisme.html

[*César Gabriel Trómpiz est un homme politique vénézuélien, ancien ministre de l'Éducation universitaire et actuellement ambassadeur du Venezuela en Bolivie, ayant également occupé des postes importants au sein du gouvernement et de l'éducation nationale. Il est par ailleurs avocat diplômé de l'Université bolivarienne du Venezuela dont il a en été le recteur. Il a collaboré aussi en tant que chroniqueur pour divers journaux.]

En 1933, alors que le Troisième Reich consolidait son pouvoir, Wilhelm Reich, psychanalyste et marxiste non aligné, publiait un ouvrage bref et intéressant intitulé "Psychologie de masse du fascisme". Son œuvre ne se limite pas aux pamphlets politiques antifascistes de l'époque, c'est une analyse scientifique qui remet en question les explications simplistes du fascisme comme "folie collective" ou "conspiration capitaliste".
Reich soutient que le fascisme exploite les blessures psychologiques profondes créées par la société patriarcale et la morale répressive, adhère aux modèles traditionnels de la classe moyenne et les instrumentalise par des promesses programmatiques trompeuses, avec lesquelles il incorpore également une partie de la classe ouvrière.
Aujourd'hui, face à l'instauration de régimes dirigés par des libertariens - authentiques fascistes modernes -, les idées de Reich constituent une base pertinente pour analyser la naïveté politique qui a surpris les mouvements ouvriers du XXe siècle et qui a nécessité l'héroïque geste de l'armée soviétique il y a quatre-vingts ans.
En prenant le point de départ qu'offre cet auteur, nous constatons que la défaite du fascisme exige un vaste programme d'articulation populaire qui démonte les chaînes invisibles liant la programmation culturelle aux appels des proto-leaders fascistes.
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Le fascisme est politique et maladie
Reich a démontré, à partir du marxisme et de la psychanalyse, que le fascisme est un symptôme d'une société malade. Son analyse intègre trois dimensions :
- La répression sexuelle comme arme politique
La morale petite-bourgeoise, selon Reich, n'est pas une simple "valeur culturelle", mais un système de contrôle. La famille patriarcale, puis l'Église, enseignent dès l'enfance à réprimer les désirs, à culpabiliser le plaisir et à associer l'autoritarisme à la protection. Cela crée des adultes soumis, incapables de se rebeller même contre leur exploitation.
Pour Reich, "l'angoisse religieuse se nourrit du sentiment de culpabilité sexuelle et s'enracine dans la vie affective" de ceux qui grandissent dans les valeurs de la classe moyenne. Le fascisme canalise cette énergie réprimée vers l'obsession de la "pureté" (raciale, morale, nationale, économique). C'est pourquoi Hitler idéalise la mère réprimée (avec laquelle il promeut la reproduction sociale allemande) et diabolise la "sexualité dégénérée" des Juifs et des communistes.
La répression sexuelle n'est donc pas un sujet privé de la famille : elle est la base de l'obéissance politique promue par le conservatisme. Ce n'est pas par hasard que des partis comme VOX, des leaders comme Bolsonaro et Milei et des théoriciens de droite comme Agustín Laje travaillent sur la protection du patriarcat et la défense des "valeurs" ecclésiastiques pour "réordonner" la société.

La petite bourgeoisie et/ou classe moyenne : L'armée émotionnelle du fascisme
Reich a démonté le mythe selon lequel le fascisme naît comme un mouvement "populaire". Sa base est la classe moyenne qui craint de perdre ses privilèges et de tomber dans le prolétariat.
Dans l'Allemagne nazie, les employés, les fonctionnaires et les petits commerçants (l'actuelle classe moyenne), face à la crise, ont préféré un caudillo qui les "protégerait" plutôt que de remettre en question le capitalisme. Ensuite, il explique comment le fascisme attire les travailleurs avec de fausses promesses "anticapitalistes", pour les trahir dans l'exercice du pouvoir.
La classe moyenne, selon Reich, "vit dans des conditions médiocres, mais se présente avec une représentation exagérée. Elle mange mal, mais s'habille élégamment". Son apparence est plus importante que sa réalité socio-économique : elle ne se rebelle pas, mais imite ses oppresseurs, méprise les ouvriers et les migrants, et embrasse le fascisme comme consolation identitaire basée sur "l'honneur" et la "tradition", cachant son alliance avec les monopoles.
C'est ce qui s'est passé dans l'Allemagne nazie et qui se répète dans l'Argentine "libertarienne" (néonazie, néofasciste) : le discours contre la "caste", la défense de "l'effort personnel", le développement des "libertés" n'est qu'un discours de masse destiné à être trahi une fois au pouvoir.

Des symboles, pas des arguments
Hitler n'a pas triomphé en expliquant une cause scientifique, mais en faisant appel à des rituels et des émotions primaires. Reich a analysé comment les rassemblements nazis utilisaient drapeaux, chants et uniformes pour générer une extase collective. Le leader se présente comme un père tout-puissant qui "protège" contre des menaces imaginaires (juifs, marxistes, féministes), exploitant la peur de perdre propriétés et traditions. Hitler affirmait : "Le peuple, dans sa majorité, a une mentalité féminine : la perception affective détermine sa conduite plus que la réflexion" (cité par Reich), révélant le caractère misogyne et irréfléchi du fascisme.
Aujourd'hui, les figures des leaders du fascisme utilisent les réseaux sociaux pour viraliser des slogans simples, des mèmes agressifs et des théories du complot qui activent des peurs enracinées. Ce phénomène, étudié comme technofascisme, actualise les tactiques nazies et les viralise parmi des millions d'utilisateurs.

Le fascisme organise (et domestique) les masses : Mythes et mensonges
Le fascisme n'est pas le chaos, c'est un ordre pervers. Reich détaille ses outils :

*Fausses promesses : Le nazisme parlait de "socialisme" pour les ouvriers et "d'anticapitalisme" pour les classes moyennes, mais son but était de sauver le grand capital. Aujourd'hui, le libertarianisme promet de "protéger ceux qui travaillent" tout en réduisant les droits du travail, démantelant la sécurité sociale, persécutant les migrants et criminalisant les mouvements sociaux.

Le néofascisme prétend en finir avec "les privilèges", mais finance, protège et développe la classe propriétaire et privilégiée.

*La famille comme mythe unificateur : La famille patriarcale (père autoritaire, mère soumise) est la base du modèle d'État fasciste. Des récits comme la "pureté raciale" ou la "supériorité esthétique" remplacent la lutte des classes par des conflits créés. Pour Reich, "l'idéologie familiale n'est pas innocente : c'est la fabrique de l'homme autoritaire". C'est pourquoi les projets émancipateurs doivent transformer les valeurs du foyer en espaces participatifs et dignes. C'est peut-être pour cette dernière raison que le mouvement fasciste au Venezuela n'a jamais réussi à s'implanter comme mouvement de masse, la famille au Venezuela a un puissant contenu matriarcal et la Révolution bolivarienne a mené une transformation qui a démocratisé tout type de relations, jusque dans le foyer.

*L'ennemi nécessaire : L'antisémitisme nazi déchargeait la rage sociale, due à la crise économique de l'Allemagne, contre un bouc émissaire : les Juifs.
Aujourd'hui, migrants, féministes ou écologistes remplissent ce rôle pour le néofascisme. En examinant les décharges de haine contre la migration vénézuélienne, nous voyons comment les fascismes latino-américains se construisent selon la même logique que le nazisme d'il y a 100 ans. En tout cas, tout problème est imputé à la migration, aux gauches, aux droits sociaux, à l'économie chinoise ou à tout autre acteur qui éloigne les responsabilités des grands capitaux sur la crise du capital lui-même.
Il est bon de noter qu'en Europe, le fascisme est nationaliste en ce qu'il construit son essence pour protéger les grandes fortunes locales ; en Amérique latine, il est colonial et soumis, car il défend les capitaux étrangers du fascisme occidental. .../...
Face au technofascisme, phénomène non étudié par Reich, il est urgent de démocratiser l'espace technologique et de construire de nouveaux réseaux électroniques, de combattre les algorithmes qui viralisent la haine et de développer des récits émancipateurs "viraux".  .../...


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« L’extrême droite utilise les paniques morales pour nous empêcher de penser »
16 octobre 2024 par Albin Wagener

basta.media/extreme-droite-utilise-paniques-morales-pour-nous-empecher-de-penser

[*Albin Wagener est enseignant-chercheur en analyse de discours et communication. Il est spécialiste, titulaire d'un doctorat et d'une habilitation à diriger des recherches en sciences du langage, plus particulièrement pour ce qui concerne leurs formes médiatiques et numériques, appliquées aux thématiques sociales et environnementales. Il est également expert régulier en analyse et design de discours auprès de la Fondation Européenne pour le Climat. Etc.]

Sport, sexualité, religion : quel que soit le sujet, l’extrême droite construit des menaces imaginaires pour créer du conflit. Ces « paniques morales » sont des armes redoutables pour fracturer nos démocraties, selon le chercheur Albin Wagener.

Dès 1972, le concept de panique morale était forgé par le sociologue américain Stanley Cohen pour désigner une réaction collective disproportionnée à des pratiques culturelles ou personnelles minoritaires, considérées comme « déviantes » ou néfastes pour la société. Aujourd’hui, sous l’impulsion d’une extrême droite offensive, ces paniques morales ont pris une place considérable dans notre vie démocratique, s’invitant en permanence sur des plateaux de télévision, dans la vie politique ou sportive.
Ainsi, cet été, l’extrême droite a largement critiqué la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques pour son inclusivité. Selon la chaîne CNews, cette cérémonie a porté haut les couleurs du wokisme et ridiculisé la France à l’étranger. Une polémique a également touché la boxeuse algérienne Imane Khelif, accusée de ne pas être une femme par des ultraconservateurs comme JK Rowling ou Elon Musk.

L’utilité du « glitch »
Un travail récent d’Emily Apter traduit pour la revue francophone "Les temps qui restent" permet de mieux comprendre le mécanisme des paniques morales. Apter explique pourquoi les paniques morales se succèdent dans un chapelet de haine difficile à suivre, alimenté par certaines chaînes d’info en continu ou plates-formes, notamment X (ex- Twitter) qui les favorise par son algorithme.
La chercheuse new-yorkaise utilise le concept de « glitch » que l’on pourrait définir comme une perturbation ou disruption à fort potentiel médiatique. Cette notion de glitch a été mobilisée par les activistes féministes et par les activistes écologiques pour créer de la surprise. Ce fut le cas de la soupe à la tomate lancée sur « Les Tournesols » de Van Gogh.
Ce que l’on sait moins, c’est que cette technique de disruption est également utilisée par l’extrême droite. Ce militantisme s’exprime en ligne, à travers des polémiques complotistes, lors de campagnes politiques, par exemple lors des européennes de 2024. On trouvait par exemple de fausses images, la publication massive due à de faux comptes sous influence russe pour favoriser le Rassemblement national, ou encore des accusations mensongères par rapport aux programmes des partis politiques.
En France, on peut mentionner la panique morale liée au wokisme qui a suivi la polémique sur islamo-gauchisme agitée (entre autres) par Jean-Michel Blanquer et les tenants du Printemps Républicain, un groupuscule politique qui défend une forme d’universalisme au détriment des minorités (quelles qu’elles soient). Dans ce cas comme dans d’autres, les milieux néoconservateurs ne sont pas les seuls à alimenter cette machine à désinformer : de simples citoyens peuvent, en toute bonne foi, partager ces informations – c’est bien là tout le danger.
Nous pouvons constater que les thématiques portées par l’extrême droite ont, depuis plusieurs années déjà, contaminé l’échiquier politique – jusqu’à atteindre le centre droit. On assiste d’ailleurs à une inflation d’événements informationnels transformés en paniques morales qui sonneraient la fin de notre civilisation – une fin qui, décidément, met du temps à se matérialiser.

Un traitement médiatique qui se racialise
Dans sa thèse de doctorat, Ruari Shaw Sutherland a montré comment le traitement médiatique des événements s’est progressivement « racialisé » dans les démocraties sous la pression de quelques éditorialistes ou personnalités. Cela est particulièrement notable en Angleterre, sous l’influence de commentateurs tels que le masculiniste Andrew Tate ou la figure d’extrême droite Katie Hopkins.
Petit à petit, l’extrême droite a modernisé son approche pour devenir plus efficace, embrassant à plein les réseaux sociaux, imposant ses thèmes à certains médias à des fins électoralistes. On peut citer BFM TV dont l’approche est devenue plus réactionnaire et moins ouverte aux questionnements portés par la gauche. De Donald Trump à Bolsonaro, d’Elon Musk à Vincent Bolloré, l’extrême droite utilise les paniques morales pour nous empêcher de penser – ou plutôt, pour nous obliger à regarder le monde selon son point de vue. .../...
L’extrême droite est désormais en capacité de s’inviter à tout moment dans notre actualité politique. Sa stratégie de « bordélisation permanente » s’accompagne d’une volonté de normaliser son image. Ses thématiques de prédilection sont bien implantées dans l’espace médiatique et politique autour de figures d’ennemis imaginaires visant la destruction d’une homogénéité sociale tout aussi imaginaire. Force est de constater que, pour le moment, aucune opposition ne semble capable d’y résister.


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Le futur s’imposera aux nouveaux fascismes
11.01.2019 - Barcelone - Sasha Volkoff

pressenza.com/fr/2019/01/le-futur-simposera-aux-nouveaux-fascismes/

[*Sasha Volkoff : né en Argentine, résidant à Barcelone. Activiste du Mouvement Humaniste depuis 1984, il a fait partie de l'équipe refondatrice du Centre Mondial d'Études Humanistes. Actuellement il est membre du Centre d'Études Humanistes Noesis.]

La progression du néo-fascisme en Europe se poursuit depuis plusieurs années, du Front national français, qui fut peut-être le premier à prendre de l’importance, à la récente percée de Vox en Espagne, en passant par les gouvernements de Hongrie et de Pologne, et plus récemment en Italie. Pour ne rien arranger, le mauvais exemple s’est déjà propagé en Amérique, avec pour fer de lance, le Brésil de Bolsonaro et les USA de Trump.

Face à cette situation, beaucoup de personnes se sentent, légitimement, très inquiètes. En effet, ces partis font des propositions plus conformes au Moyen Âge qu’au XXIe siècle. Pour prendre l’exemple que je connais le mieux, VOX propose de défendre les chasseurs et les toreros, alors qu’il veut expulser tous les immigrés (les sans-papiers pour le moment) et retirer toute protection aux femmes et aux collectifs LGTB.
Certains militants progressistes appellent à la résistance ou à la lutte contre le fascisme. Mais si nous ne comprenons pas la cause de cette expansion, nous ne serons pas en mesure de proposer des alternatives valables.

De mon point de vue, ce phénomène est en fait le symptôme qui démontre qu’il y a un changement de civilisation en cours à l’échelle de la planète. Logiquement, face à un changement d’une telle ampleur, beaucoup de gens sont effrayés. L’avenir est loin d’être clair, et les institutions qui donnaient autrefois une certaine référence (surtout les partis et mouvements politiques) ne savent pas vers où se tourner, en plus de subir un profond discrédit. Les néo-fascismes sont la tentative de mettre de l’ordre face au chaos que représente tout changement. A ce stade de l’histoire de l’humanité, où le processus de mondialisation a déjà dépassé les divisions politiques et géographiques, le changement qui s’amorce est très profond, et par conséquent la réaction aussi est très forte.

Ce néo-fascisme actuel est la version occidentale du radicalisme islamiste qui se renforce depuis la fin du siècle dernier. Tous deux disent se combattre, mais en réalité ils utilisent les mêmes armes et ont les mêmes propositions, hormis que certains sont d’une couleur et les autres d’une autre couleur. Dans les deux cas, il s’agit de tentatives désespérées pour éviter l’inévitable, pour instaurer un ordre artificiel dans une crise dont, il ne fait aucun doute, va émerger une humanité beaucoup plus forte, solidaire et égalitaire. La civilisation planétaire progresse vers la justice, l’amour et la compassion, mais tout changement a son prix.

Il s’agit en effet de se débarrasser des vieux habits issus du rationalisme moderne, hérité de la révolution française, pour avancer vers une nouvelle organisation sociale, plus juste et décentralisée, au niveau mondial. D’une part, nous voyons le pouvoir qui cherche à se maintenir, voire s’il le peut à se renforcer, et d’autre part, nous avons un secteur important de la population, complètement abandonné par les institutions, appauvri, effrayé par un avenir pour lequel on annonce toujours plus de migrations et toujours moins de travail (du fait de l’automatisation). Une bonne partie de cette population veut croire les promesses des nouveaux fascistes et (pour le moment) les soutient, alors que du côté du pouvoir, certains les combattent par crainte de perdre leurs privilèges, tandis que d’autres les soutiennent, considérant qu’ils pourront en tirer des bénéfices (et qu’ils partagent aussi les craintes exposées ci-dessus).

Mais les nouveaux fascismes ne pourront rien résoudre, et il viendra un temps où ils ne trouveront plus de bouc émissaire ; alors, les populations les abandonneront progressivement. En outre, ils luttent contre un processus historique qui continuera d’aller de l’avant, malgré les difficultés. Les droits que les femmes obtiennent seront consolidés et étendus, la liberté sexuelle progressera, l’automatisation nous libérera progressivement du joug d’un travail aliénant.

En synthèse, un grand processus mondial de changement est en marche, et il sera très positif pour tous. Malheureusement, face à cela, il y a une vague de conservatisme qui cherche à freiner l’avancée inexorable de l’histoire ; cette vague est vouée à l’échec, mais sur son chemin, elle causera douleur et souffrance. Luttons contre ceux qui veulent retourner dans le passé, ne perdons pas de vue que l’avenir appartient à l’être humain, qui surmontera ces « inconvénients » pour continuer à se libérer de ses conditions d’origine.


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Une philosophie du mépris
par Bernard Pudal ; Mars 2019, page 3

monde-diplomatique.fr/2019/03/PUDAL/59625

[*Bernard Pudal : Professeur émérite de science politique à l’université Paris 10 Nanterre  et chercheur associé au laboratoire Cultures et sociétés urbaines: ( UMR CNRS/Paris 8). Il est docteur en science politique (1986), agrégé de science politique, et membre du comité de rédaction des revues Le Mouvement social et Sociétés Contemporaines. Il participe à la rédaction du Maitron, le dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français.]

Depuis son accession à la présidence de la République, M. Emmanuel Macron a souvent assimilé les classes populaires à un groupe de fainéants incultes et braillards. Ce faisant, il rompt avec la duplicité des chefs d’État successifs vis-à-vis des milieux défavorisés : les comprendre en parole, mais négliger leurs revendications. Et surtout ignorer la domination structurelle dont ils font l’objet.

« Je vous hais, compris ? » : l’un des slogans écrits au feutre sur de nombreux gilets jaunes condense en une formule-choc l’attitude de M. Emmanuel Macron et la célèbre phrase du général Charles de Gaulle, modèle du double langage des hommes politiques. Au-delà des revendications sociales et fiscales multiples des « gilets jaunes », s’il y a une constante, c’est leur conviction que les « élites » méconnaissent leurs conditions d’existence, leur mode de vie et, de surcroît, les méprisent. On ne cesse, sur les ronds-points, de rappeler les « petites phrases » par lesquelles M. Macron a dévoilé sa vision du « peuple » français : salariées « illettrées », allocataires des minima sociaux qui coûtent un « pognon de dingue », « fainéants », « cyniques », « extrêmes », « les gens qui ne sont rien », « il suffit de traverser la rue pour trouver un travail », etc.
À la sempiternelle question « Qu’est-ce que le peuple ? », le président répond : c’est ceux qu’il faut éduquer, voire rééduquer, ceux qui sont réfractaires, qu’il faut guider, ceux qui se plaignent au lieu de se prendre en main et de se responsabiliser, ceux qui, trop souvent, « ne sont rien ».

On ne saurait trop le remercier d’avoir exprimé si crûment la philosophie sociale du monde auquel il appartient, du monde qui l’a formé, une philosophie sociale habituellement euphémisée ou réservée aux cercles de l’entre-soi. C’est cette même vision que Cédric Lomba, par exemple, retrouve dans son étude sur les usines Cockerill, en Belgique, soumises pendant plus de trente ans à des plans sociaux successifs. Les cadres-manageurs et les ingénieurs s’y opposent aux ouvriers qu’ils ont pour mission de diriger, d’envoyer en préretraite ou de déplacer. Lors des réunions ou des repas, ils évoquent régulièrement l’archaïsme des ouvriers, leur intransigeance, les arrêts de travail pour des broutilles, leur agressivité face aux restructurations, mais également leur immaturité et leur immoralité lorsqu’ils « gueulent », menacent, se garent n’importe comment ou ne respectent pas les mesures de sécurité. Ils condamnent des pratiques comme le vol (notamment de l’électroménager dans les réfectoires ou du matériel), les blagues puériles (enduire de graisse les poignées de porte, remplir les casques d’eau), la saleté (dans les toilettes et les cabines), la débauche morale (l’affichage de photographies érotiques dans les cabines et la lecture de revues pornographiques dans les réfectoires) et l’imprévoyance (la proportion élevée d’ouvriers qui ont une retenue sur salaire).
Ces cadres « aux grandes dents », comme le dit un ouvrier, ont tout intérêt à entretenir cette vision uniment négative des ouvriers comme groupe social, interdisant ainsi le trouble qui pourrait résulter d’une compréhension plus réaliste. Tout désir de comprendre minerait leur croyance en la légitimité de leur participation active aux restructurations industrielles. Le mépris et la méprise conditionnent ainsi l’aveuglement socialement nécessaire à leur mission. Et c’est cette philosophie du mépris que récusent les « gilets jaunes ».

Manque de métier politique
La cristallisation d’un tel ressentiment contre M. Macron résulte en partie de la faiblesse de son capital politique propre. Il a été élu grâce à un concours de circonstances : deux présidentiables, MM. François Hollande et François Fillon, dans l’incapacité de l’emporter ; un Front national au second tour qui condamnait beaucoup à un vote Macron par défaut ; une abstention massive (10,5 millions de personnes au premier tour de la présidentielle, 24,5 millions au premier tour des législatives)… C’est un homme politique sans métier politique qui a accédé au pouvoir.
Avoir du métier politique, c’est au moins tenter d’« encadrer » par une rhétorique plus ou moins efficace les humiliations sociales qu’on inflige, feindre de compatir à la détresse des plus pauvres, aux difficultés que rencontrent beaucoup. C’est promettre de mettre fin à la « fracture sociale », comme le fit en son temps M. Jacques Chirac ; ou épouser le point de vue de ceux qui « ne comptent que sur eux-mêmes », si nombreux dans les classes populaires dont c’est souvent le « point d’honneur », en s’engageant à soutenir leurs efforts, à la manière de M. Nicolas Sarkozy, qui défiscalisa les heures supplémentaires et ne cessa de louer ceux qui « se lèvent tôt ». « Je sais aussi qu’il m’est arrivé de blesser certains d’entre vous par mes propos », a admis M. Macron.
Ce déficit de métier politique caractérise aussi nombre de députés de La République en marche (LRM). Comme le souligne Christophe Le Digol, sur les 521 candidats LRM aux élections législatives de 2017, 281 n’avaient jamais exercé de mandat. Ils ne disposaient pour tout viatique que d’un capital social qui ne les prédisposait guère à comprendre les « gilets jaunes » : ils appartenaient aux catégories socio-professionnelles supérieures, étaient chefs d’entreprise, exerçaient une activité de conseil… .../...

Des « classes dangereuses » aux « foules déchaînées », des « mauvais pauvres » aux « racailles », des « déclassés » aux « cas soss », la conceptualisation du mépris des classes populaires a une longue histoire. Mais, si elle légitime aux yeux des manageurs, et de bien d’autres, leurs entreprises multiples de rééducation et d’encadrement, elle n’est pas sans effets pervers. Elle leur interdit notamment de comprendre les rationalités qui sont au principe des modes de vie populaires. C’est d’ailleurs l’insensibilité à la place occupée par la voiture dans le quotidien de fractions entières des classes populaires, insensibilité fondée sur une double incompétence, politique et sociale, qui a été sanctionnée. Multiplication des radars, vitesse limitée à quatre-vingts kilomètres par heure, augmentation du prix de l’essence, taxe dite « écologique » sur les carburants, contrôle technique plus coûteux et plus sévère, déclassement du diesel : en réduisant la liberté de se déplacer, c’est toute une économie matérielle, de loisirs et de sociabilités, particulièrement dans les mondes dits « ruraux », que le pouvoir a inconsciemment bouleversée. Prises par un président suffisant et interprétées par ceux qui étaient touchés comme un déni supplémentaire de leur être social, ces mesures ciblées sur l’automobile ont libéré une colère jusqu’alors contenue ou peu visible qui s’actualise et se cristallise sur le rejet, la démission exigée, de M. Macron.  .../...
Ce déni peut s’insinuer dans les situations les plus quotidiennes. Dès les années 1960, le sociologue Paul-Henry Chombart de Lauwe interrogea des ouvriers hautement qualifiés qu’on venait de licencier. Ils avaient le sentiment qu’ils ne comptaient pour rien. L’un d’eux notait que sa belle-mère, alors qu’elle était fière de l’un de ses gendres, « dessinateur industriel », le présentait à ses connaissances comme « touneur [sic] et quelque chose ». Ce tourneur-fraiseur était convaincu qu’à La Poste, quand on s’adressait à lui, on ne le « regardait pas »… L’une des dimensions des cultures populaires réside dans cette pensée qui interprète sans cesse les mille signes, détails ou anecdotes, propos ou attitudes corporelles par lesquels, comme dans la situation coloniale, l’« individualité » vous est refusée. Or notre vie sociale multiplie les situations où les classes populaires sont en interaction inégalitaire avec d’autres groupes sociaux : à Pôle emploi, dans les administrations, dans leurs rapports avec les enseignants de leurs enfants, dans leurs relations conflictuelles avec tous ceux qui leur signifient le dégoût de leurs pratiques.

Des classes populaires prises en étau
Cette perception s’est affirmée et transformée depuis un demi-siècle, avec la généralisation — inachevée, chaotique et ségrégationniste — de l’enseignement secondaire et supérieur, et avec la croyance de plus en plus partagée en la disparition des classes populaires, alors que celles-ci représentent plus de la moitié de la populationLe champ politique, dans toutes ses composantes, s’est lui-même de plus en plus structuré sur ce déni, au point que seuls les membres des classes supérieures et des classes moyennes intellectuelles, et leurs intérêts, même contradictoires, y sont désormais représentés, tandis que les classes populaires sont reléguées dans l’inexistence. Cette orientation fut même revendiquée en 2011 dans un rapport de la fondation Terra Nova qui proposait à la gauche socialiste de faire le deuil de son « peuple ». Le Parti communiste français (PCF), qui, longtemps, était parvenu à dignifier les classes populaires, notamment la classe ouvrière, ne parvient plus à jouer ce rôle. Prises en étau entre une pensée conservatrice fidèle à leur tradition et une gauche convertie à la doxa économique de la droite, les classes populaires ne savent plus à quel saint se vouer.
L’extrême droite fascistoïde feint d’épouser ce ressentiment. L’immigré n’est pas le seul ennemi qu’elle lui offre en pâture. Les enseignants, les « bobos », les « élites » (le mot présente l’intérêt d’être à géométrie variable), les « écolos », les militants syndicalistes, sont autant d’ennemis qu’elle cible à travers ses diverses mobilisations. .../...


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Pourquoi lutter contre l’agro-industrie ?
28.01.25 - Pressenza - Rédaction Belgique

pressenza.com/fr/2025/01/pourquoi-lutter-contre-lagro-industrie/

[*"Code Rouge" est un mouvement de désobéissance civile créé par des activistes et soutenu par différentes organisations et groupes d’actions. Ensemble, nous lançons un appel à la désobéissance civile. “En enfreignant délibérément les lois, nous nous inscrivons dans une longue histoire de luttes sociales. Où la résistance légitime s’oppose au pouvoir d’entreprises qui font passer le profit de leurs actionnaires avant les gens et le vivant.” Consensus d’action code rouge: code-rouge.be/a-propos/]

Code Rouge est un mouvement citoyen qui appelle régulièrement à se mobiliser en utilisant la désobéissance civile comme outils.  La lutte face à l’agro-industrie est l’une de leur priorité actuelle.  Voici pourquoi et comment.

La décision de cibler l’agro-industrie ne tombe pas du ciel. L’année dernière, la colère des agriculteurs a donné lieu à des mobilisations de masse dans toute l’Europe.
Depuis plus d’un an, des milliers d’agriculteur·ices européen·nes s’insurgent contre les contraintes économiques, juridiques et administratives, qui les empêchent de vivre décemment tout en subissant de plein fouet les conséquences du déréglement climatique. Puisque les aliments sains et de qualité coûtent de plus en plus chers, se nourrir sans nuire à l’environnement est difficile. De plus, les conditions de travail des agriculteur·ices et des travailleur·euses de l’agroalimentaire se dégradent de manière préoccupante. Pendant ce temps, les grandes entreprises de l’agro-industries qui produisent, transforment, vendent et distribuent les produits agricoles, avec l’appui de nos gouvernements, engrangent des profits indécents. En tant que mouvement citoyen pour la justice sociale et environnementale, Code Rouge appelle à se soulever aux côtés des agriculteur·ices et des paysan·nes contre l’agro-industrie.

L’agriculture ne se réduit pas à la production de nourriture. Au contraire, les agriculteur·ices prennent soin des relations complexes entre la terre, la biodiversité, le climat et les humains. Iels développent des savoirs qui se transmettent de génération en génération et ce depuis des décennies. Pourtant, au cours des 70 dernières années, enivrés par les promesses de l’industrialisation et par les engrais synthétiques, les pesticides, les OGM et les technologies dépendantes des énergies fossiles, entreprises et gouvernements ont précarisé le travail agricole traditionnel. L’agriculture devient alors une industrie concurentielle qui s’appuie sur des pratiques nuisibles pour les sols, l’environnement et les humains. 
La concurrence nourrit les entreprises. Les agriculteur·ices nourrissent les populations. Il est temps d’agir collectivement et massivement contre le système agro-industriel. Nous appelons donc à construire la souveraineté alimentaire afin que chacun·e reprenne le pouvoir sur son alimentation. Les peuples ont « le droit à une alimentation saine et culturellement appropriée, produite par des méthodes socialement justes, écologiquement saines et durables, et leur droit collectif à définir leurs propres politiques, stratégies et systèmes de production, de distribution et de consommation alimentaires.” (La Via Campesina, 1996)
Nous refusons les récits poussés par l’extrême-droite et les néolibéraux qui opposent l’agriculture à la justice environnementale. Au cours des derniers mois, nous avons rencontré des agriculteur·ices mobilisé·es et engagé·es et nous avons discuté avec des syndicats agricoles et des organisations qui soutiennent une agriculture agro-écologique et paysanne. Nous sommes uni·es par la colère face aux injustices et nous sommes convaincu·es que des alternatives sont possibles.
Pour toutes ces raisons, Code Rouge appelle à une action de masse pour soutenir les agriculteur·ices et les paysan·nes contre l’agro-industrie et les multinationales. Nous visons les entreprises qui influencent les prix des denrées alimentaires, qui défendent des accords de libre-échange néfastes comme l’accord UE-MERCOSUR et qui sont responsables de nombreuses violations des droits humains et de l’environnement (pour l’instant, nous gardons la cible exacte secrète).

L’agro-industrie : le mythe de la productivité au service des multinationales 
L’agro-industrie est donc un système de production agricole de masse, de services et de vente au détail, orienté vers le profit. Elle comprend les agriculteur·ices qu’elle emploie, les grandes exploitations, les fournisseurs d’intrants agricoles et les entreprises qui transforment, transportent, échangent et vendent des produits alimentaires ou non (tels que les biocarburants) en grandes quantités.
L’agro-industrie se nourrit de la concurrence entre les agriculteur·ices, d’une course à la productivité qui favorise l’accaparement des terres, des monocultures et des pratiques nocives telles que le recours aux pesticides chimiques et les labours profonds. Ces pratiques produisent beaucoup dans un premier temps, mais elles sont particulièrement destructrices pour les sols et la biodiversité à court, moyen et long termes. À l’échelle mondiale, l’agro-industrie engrange des profits démentiels notamment via l’hyperspécialisation des régions qui crée des modèles d’échanges mondiaux, inégaux. Dans ce système, les aliments sont produits pour leur valeur à l’exportation, au lieu de nourrir les populations locales.
Ainsi, les agriculteur·ices sont dépendant·es de la grande distribution et des négociants en produits alimentaires qui utilisent leur pouvoir de dérégulation des marchés pour forcer les petit·es et moyen·nes producteur·ices à accepter des prix inférieurs à leurs coûts de production. De grands groupes industriels possèdent semences, engrais, pesticides et machines, tout comme des hectares de terres. Ils ont donc un pouvoir de contrôle immense sur les agriculteur·ices. .../...


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La finance et l’eau. Arrêtons la mainmise sur les droits universels
et les biens communs mondiaux par les prédateurs de la vie
Par Riccardo Petrella ; 08.05.24

pressenza.com/fr/2024/05/la-finance-et-leau-arretons-la-mainmise-sur-les-droits-universels-et-les-biens-communs-mondiaux-par-les-predateurs-de-la-vie/

[*Riccardo Petrella : Titulaire d'un doctorat en Sciences politiques et sociales, et du doctorat honoris causa de huit universités : Suède, Danemark, Belgique (x2), Canada, France (x2) et Argentine. Professeur émérite de l'Université catholique de Louvain (Belgique) ; Président de l'Institut européen de recherche sur la politique de l'eau (IERPE) à Bruxelles. Président de "l'Université du Bien Commun" (UBC), association à but non lucratif active à Anvers (Belgique) et à Sezano (VR-Italie). De 1978 à 1994, il a dirigé le département FAST, Forecasting and Assessment in Science and Technology à la Commission de la Communauté européenne à Bruxelles, et en 2005-2006, il a été Président de l'Aqueduc de la région de Puglia (Italie). Il est l'auteur de nombreux ouvrages sur l'économie et les biens communs.]

"Garantir le droit universel à l’eau et sauvegarder l’eau bien commun public de la vie – ainsi que les autres droits et biens communs publics mondiaux – passent par la transformation radicale du système dominant actuel, un système de plus en plus marqué par les valeurs du capitalisme de marché prédateur, guerrier, source d’inégalités et d’exclusions."
Telle est la conclusion générale du séminaire de travail « Qui financera les biens communs publics mondiaux dans les années à venir ? Focus sur l’eau et le droit à l’eau », organisé par l’Agora des Habitants de la Terre et la Coordination Eau de France, dans le cadre de la conférence European Common Space for the Alternatives à Marseille les 26-28 avril dernier.
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La concrétisation des droits universels humains et sociaux ne fait pas partie des relations marchandes
Contrairement à la pratique imposée et légalisée par les dominants ces 40 dernières années, les droits à la vie, solennellement proclamés en 1948 par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, ne font pas partie des relations marchandes entre les êtres humains. Ils ne sont pas négociables entre des producteurs/vendeurs et des utilisateurs/acheteurs, comme s’il s’agissait d’une voiture ou d’un iPhone.
Le droit à l’eau existe en soi parce qu’on existe. Cela vaut aussi pour les animaux et les plantes. Il s’agit d’un bien vital « naturel ». Personne ne peut être exclu. Il constitue une obligation à laquelle aucun État ne peut se dérober, faute de quoi il commet un acte criminel. Même le droit international de la guerre stipule que refuser de donner de l’eau potable aux prisonniers constitue un crime. Or, de plus en plus imbibés par une culture économique capitaliste de marché, les pouvoirs politiques publics du monde occidental ont accepté que la couverture des coûts monétaires liés à la production et distribution de l’eau potable (services d’assainissement compris) soit aussi assurée directement par les « consommateurs », et non plus par la collectivité/l’Etat. A cette fin, ils ont établi que le prix à payer pour avoir accès à l’eau devait être fixé, comme pour toute autre marchandise, selon le principe capitaliste de la récupération par le producteur/distributeur des coûts totaux (y compris la rémunération du capital investi, à savoir le profit).

Les droits sont devenus financièrement conditionnés. On est entré dans le monde de la solvabilité. La tarification sociale n’est pas un remède.
Le non-paiement du prix comporte la coupure de l’eau. Autrement dit, le citoyen devenu insolvable cessé d’être titulaire du droit à l’eau. Devant les protestations contre une telle négation du droit, plus de vingt ans de luttes socio-économiques et politiques et plusieurs sentences de tribunaux civils dénonçant l’illégalité des coupures, les pouvoirs publics ont été obligés à changer leur politique. Ils ont cru bien faire en introduisant une tarification sociale, en faveur des personnes à bas revenu, « pauvres ». Ce faisant, loin de résoudre le problème, ils n’ont fait que le déplacer. Du domaine des droits, ils l’ont transféré au domaine de la pitié, de la compassion collective, de l’aide. Ce qui signifie que le droit à l’eau ne fait plus partie intégrante de la « sécurité sociale » mais il redevient, comme dans le passé, une partie des « « œuvres sociales » des « bienfaiteurs », de l’« assistance sociale ».
Dans nos sociétés dites « développées, riches », « le pauvre » cesse, par son insolvabilité, d’être citoyen. Cette caractéristique appartient « au riche » qui, étant solvable, a accès au droit. Ainsi a-t-on fait croire que dans nos sociétés, la question des droits à la vie est surtout une question de gestion des inégalités axée sur l’aide de « ceux qui ont réussi » vers « ceux qui ont échoué » ! Une croyance manifestement fausse, au-delà d’être injuste.
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A quand la gratuité ? Au-delà de la « nouvelle » définition du droit à l’eau par les dominants
L’innovation lyonnaise constitue un progrès très important qui démontre que, lorsqu’il y a une volonté politique, la gratuité des droits concernant les biens et les services essentiels pour la vie est économiquement possible et viable. Il reste encore, toutefois, un pas final à accomplir pour réaliser le principe de la gratuité des droits. Cela implique l’abandon net et précis de la nouvelle définition du droit à l’eau – ainsi qu’aux autres biens et services publics essentiels pour la vie, tels que l’alimentation, la santé, le logement, l’éducation, les transports collectifs, la connaissance…) – que les dominants des pays occidentaux ont imposé au monde entier à partir des années 90, à savoir « le droit à l’eau, c’est l’accès à l’eau potable sur des bases équitables et à prix abordable ». Cette définition se traduit par une véritable négation des droits universels tels qu’exprimés dans la Déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948. Elle insiste sur l’équité alors que la culture des droits se base sur la justice ; elle spécifie bien que c’est à prix abordable, alors que l’économie des droits se base sur la prise en charge de tous les coûts par la collectivité. La nouvelle définition est devenue partie intégrante du vocabulaire officiel de l’Onu et a été consacrée formellement dans le cadre de l’Agenda : 2030. Les Objectifs du Développement Durable 2015-2030.

La gratuité est possible. Elle semble revenir…
C’est ce qui se passe depuis peu d’années notamment en France dans le domaine des transports publics. Plus de 41 municipalités/villes (dont Aubagne, Dunkerque et récemment Montpellier…) ont réintroduit le principe de la gratuité (en partie ou intégralement, pour les résidents de la ville, voire pour toute personne de passage). En ce qui concerne les villes européennes, plus de 50 ont fait le même pas : de Tallin en Estonie à Bologne en Italie (celle-ci fut la pionnière en absolu en 1973 !) Le gouvernement allemand vient de décider de lancer un programme national en faveur du transport public gratuit dès 2025.
Bref, le cas des transports publics montre aussi que l’enjeu majeur de la ré-publicisation des biens et des services publics réside principalement dans l’acceptation ou non (politique, culturelle…) de la part des Etats d’assumer la responsabilité de garantir pour tous leurs habitants, par les finances publiques, le droit à l’eau et aux autres biens et services essentiels à la vie. Cela ne serait que conforme à la Résolution de l’Assemblée Générale de l’ONU du 28 juillet 2010, qui a reconnu formellement, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, le droit universel à l’eau potable et à l’assainissement en tant que droit en soi et non plus implicitement, en tant qu’instrument à la concrétisation des autres droits.
L’enjeu est considérable. D’abord, parce que à ce jour il n’y a que 15 Etats dans le monde qui ont introduit le droit à l’eau dans leur Constitution, dont un seul, la Slovénie, est européen. C’est très peu. Ensuite, il faut savoir que la Résolution onusienne fut approuvée à la majorité de 142 Etats avec l’opposition farouche de 41 Etats en tête desquels il y a eu les Etats-Unis, le Royaume Uni, le Japon, la Russie, 10 autres Etats membres de l’Union européenne de l’époque et 28 autres Etats. Enfin, depuis 40 ans, la grande majorité des Etats a développé et mis en pratique systématiquement des politiques de l’eau clairement négatrices, ou réductrices, de l’eau en tant que droit. Je fais référence à la marchandisation de l’eau, à la libéralisation et à la dérégulation des marchés des services hydriques selon les règles du marché unique européen (1992 et 2006) et de la nouvelle Organisation Mondiale du Commerce (OMC) créée en 1994. .../...


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Brevets sur le vivant : ces six multinationales qui contrôlent l’accès à l’alimentation.
Privatisation des plantes.

20 juin 2023 par Sophie Chapelle

basta.media/brevets-sur-le-vivant-ces-six-multinationales-qui-controlent-l-acces-a-l-alimentation-OGM

[*Sophie Chapelle : est une journaliste engagée, basée en région lyonnaise. Elle est spécialisée dans les thématiques d'écologie, d'agriculture et de changement climatique, ayant publié plusieurs enquêtes et articles critiques sur les impacts environnementaux et sociaux des politiques actuelles. Repérer et raconter des alternatives qui font système fait aussi partie de son travail. Elle officie pour le mensuel Campagnes solidaires et contribue à des médias tels que Basta, Mediapart, Politis, etc.]

Une poignée de grandes entreprises semencières disposent d’un nombre croissant de brevets sur les nouvelles techniques de modification génétique. Ces « nouveaux OGM » constituent une nouvelle menace sur la liberté de cultiver.
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Elles se nomment Corteva, Bayer, BASF, ChemChina, Limagrain/Vilmorin et KWS. Ces six multinationales détiennent près de 60 % du marché mondial des semences et elles ne comptent pas s’arrêter là]. Elles possèdent un nombre croissant de brevets sur les nouvelles techniques de modification génétique, les fameux « nouveaux OGM » dont nous vous parlions dans le premier volet de notre enquête.
Or, ces brevets ne couvrent pas uniquement une technologie ou un procédé industriel. Ils concernent une large gamme de plantes avec des caractéristiques spécifiques : des plantes productrices d’insecticides, mais aussi résistantes aux herbicides, avec une qualité nutritionnelle ou un rendement modifiés, dont les réactions au stress environnemental ont été changées... Il s’agit aussi bien de céréales que d’oléagineux (maïs, soja, colza, blé, riz), de légumineuses ou de légumes, voire des espèces d’arbres. Ce brevetage du vivant – accaparer par ces brevets la propriété d’une plante et en privatiser l’utilisation – est dénoncé depuis longtemps, mais se poursuit avec ces nouveaux OGM. 

Privatiser l’usage des plantes
.../... Certains de ces brevets pourraient couvrir des traits natifs, c’est-à-dire naturellement présents dans des plantes. « En l’état actuel du droit des brevets, ce brevet va s’appliquer à tout organisme vivant possédant cette séquence génétique qui vit dans la nature », pointe, Éric Meunier de l’association Inf’OGM. Selon la FAO, douze plantes, dont le blé, le riz, le soja et le maïs, garantissent 75 % de l’apport alimentaire mondial. Une protection par brevet de versions OGM de ces plantes, dont les semences ne pourraient donc pas être librement utilisées par les agriculteurs, « peut avoir pour conséquence de brider le processus de diversification génétique, estime Inf’OGM. Or, c’est aussi grâce à la biodiversité des semences que l’agriculture peut espérer pallier d’éventuels problèmes de récolte, réduire les risques de crises alimentaires et limiter l’impact sur le prix de l’alimentation. »

Conflits d’intérêts chez des scientifiques
Un rapport du groupe parlementaire Européen Les Verts publié fin 2022, « Derrière l’écran de fumée », révèle qu’un grand nombre de scientifiques impliqués dans des organisations européennes prônant la déréglementation de certains OGM, détiennent des brevets ou demandes de brevets dans ce domaine. Ainsi, 37 des 58 membres (soit 64 %) du groupe de travail de l’Association européenne des sciences végétales — qui élabore des avis dans le domaine des technologies agricoles — ont un intérêt direct dans la commercialisation des OGM : ils peuvent en bénéficier financièrement ou en ce qui concerne leur évolution de carrière, soit personnellement, soit par l’intermédiaire de leur organisation.
63 des 200 membres du réseau EU-SAGE (soit 32 %) ont également un intérêt direct dans la commercialisation des OGM. Enfin, deux des quatre auteurs d’un rapport de l’Académie européenne des sciences et des humanités prônant la déréglementation des OGM ont aussi un intérêt direct.
« Ces conflits d’intérêts font un tort considérable à l’ensemble de la communauté scientifique » déplore Benoit Biteau, député européen Verts/ALE, vice-président de la Commission Agriculture. « La Commission européenne ne doit pas céder face aux lobbys. Elle doit maintenir la législation actuelle sur les OGM et interdire également les nouvelles variétés de plantes manipulées. »

Des détectives privés pour contrôler les agriculteurs
Des agriculteurs et agricultrices utilisant des semences ou des plantes couvertes par ces brevets – même s’ils et elles les cultivent depuis longtemps – pourraient donc être poursuivis pour contrefaçon. Cette menace s’étend bien au-delà du marché mondial des semences – celles qui se vendent et s’achètent entre multinationales, entreprises de l’agroalimentaire et coopératives agricoles par exemple – et qui ne concerne que 30 % des semences utilisées. La majorité d’entre elles sont produites par les paysan·ne·s eux-mêmes puis replantées, sans être mises en marché.
« Beaucoup de paysans n’oseront même plus faire leurs propres semences », redoute Antonio Onorati, de l’organisation Associazione Rurale Italiana. Les droits collectifs des paysan·ne·s d’utiliser, réutiliser, multiplier, échanger et vendre leurs semences sont clairement remis en question. « De telles poursuites en contrefaçon sont déjà une réalité dans les pays qui n’imposent aucune traçabilité des OGM, rappelle un rapport publié par la Coordination européenne Via Campesina en novembre 2022. L’entreprise Monsanto a embauché aux Étas-Unis des détectives privés pour prélever des échantillons dans les champs des paysans. Le montant des pénalités financières en cas de reproduction illicite d’une “invention brevetée” est tel que plus aucun agriculteur n’ose utiliser ses propres semences, y compris lorsqu’il n’a pas semé des OGM. »

Des brevets qui renforcent la concentration
Ce déploiement des brevets contribue à renforcer la concentration déjà très importante autour du contrôle des semences. On assiste ainsi à la formation de « clubs de brevets » constitués d’entreprises détenant de larges portefeuilles de brevets et de celles qui pourraient avoir besoin de ce matériel biologique. La plateforme internationale de licences pour les végétaux garantit par exemple à sa quinzaine de membres, qu’ils soient ou non détenteurs de brevets, « un accès privilégié à des brevets détenus par les entreprises membres, à un coût raisonnable et transparent ». Via ce type de clubs, les entreprises s’octroient des accords de licence dont les termes sont connus des seules parties signataires. .../...


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Les géants de l’alimentation en Afrique : La santé des populations en danger
by AFSA & GRAIN | 21 Sep 2021

grain.org/fr/article/6730-les-geants-de-l-alimentation-en-afrique-la-sante-des-populations-en-danger

[*GRAIN est (d'après sa présentation) "une petite organisation internationale à but non lucratif qui soutient la lutte des paysannes, des paysans et des mouvements sociaux pour renforcer le contrôle des communautés sur des systèmes alimentaires fondés sur la biodiversité. Ce soutien revêt des formes diverses : recherche et analyse indépendantes, constitution de réseaux au niveau local, régional et international, encouragement de nouveaux types de coopération et d’alliances. Son activité est principalement orientée vers l’Afrique, l’Asie et l’Amérique latine et nous avons une présence active dans ces régions".
*AFSA : Alliance pour la souveraineté alimentaire en Afrique est (d'après sa présentation) "une large alliance d’acteurs de la société civile qui font partie de la lutte pour la souveraineté alimentaire et l’agroécologie en Afrique. C’est un réseau de réseaux, avec actuellement 35 membres actifs dans 50 pays africains. Il s’agit notamment des réseaux de producteurs alimentaires africains, des réseaux d’ONG africaines, des organisations de populations autochtones, des organisations confessionnelles, des groupes de femmes et de jeunes, des mouvements de consommateurs et des organisations internationales qui soutiennent la position de l’alliance". Voir aussi à ce propos:
afsafrica.org/about-us/?lang=fr]

Près de 33 millions de ménages sur le continent africain pratiquent une agriculture paysanne. Les petits exploitants fournissent depuis longtemps aux Africains des aliments sûrs et sains et font de l'alimentation africaine l'une des plus saines de la planète. La situation est cependant en train de changer. Les sociétés multinationales tentent énergiquement de s'emparer des systèmes alimentaires en Afrique (et dans le monde) par le dumping de produits agricoles bon marché et de mauvaise qualité (tels que le lait écrémé en poudre et les brisures de riz) et par la promotion de produits hautement transformés (ou ultra-transformés) qui sont à l'origine de l'augmentation du diabète et d'autres problèmes de santé liés à l'alimentation.
Paradoxalement, ces grandes entreprises vantent souvent la plus grande sécurité de ces aliments par rapport aux aliments locaux, qui sont décrits comme non hygiéniques. En réalité, cependant, l'industrialisation des aliments en Afrique augmente les risques d'incidents dangereux et parfois mortels en matière de sécurité sanitaire alimentaire. En revanche, les pratiques de culture agroécologiques traditionnelles et les systèmes alimentaires locaux africains ont fourni et peuvent continuer à fournir aux populations une abondance d'aliments sains et nutritifs.

Zoom sur les chaînes alimentaires toxiques
Les partisans de l'agriculture et de la production industrielles soutiennent que ce modèle est la « solution magique » qui permettra de lutter contre l'insécurité alimentaire et la pauvreté sur le continent africain.
Cependant, la production alimentaire industrielle ne tient aucun compte des valeurs de santé et de nutrition, y compris des normes connues et appréciées. Il existe de nombreuses affaires dans lesquelles des produits périmés ou contaminés se sont retrouvés sur le marché et ont entraîné des maladies. Et même parfois des décès.
La carte ci-dessous présente quelques exemples récents de scandales de sécurité sanitaire alimentaire en Afrique et montre les dangers que la production alimentaire industrielle et l'éviction des aliments locaux représentent pour la santé des populations. Ces cas permettent de révéler comment les aliments industriels génèrent de nouveaux risques (avec les OGM par exemple), augmentent le potentiel de contamination transfrontalière et exposent les consommateurs à des actions frauduleuses qui nuisent à la sécurité sanitaire des aliments.
.../...
Ce n'est un secret pour personne que la production alimentaire industrielle fait passer le profit et la quantité avant la qualité et la santé. Mais de nombreux groupes travaillent de façon proactive au rétablissement de systèmes alimentaires qui ne sont pas seulement sains, mais qui respectent également la diversité, le contexte, la célébration et la culture du continent. L'un de ces groupes est Nous sommes la solution, basé en Casamance, au Sénégal.

Nous sommes la solution - Entretien avec Mariama Sonko
« Nos ancêtres utilisaient des épices naturelles pour le bouillon, et avec ces épices naturelles, ils étaient en bonne santé et vivaient longtemps. Pourquoi utilisons-nous maintenant des bouillons qui nous rendent malades ? » Face à l'augmentation du diabète et d'autres problèmes de santé liés aux cubes de bouillon industriel, Mariama et d'autres femmes de sa communauté en Casamance, au Sénégal, ont décidé d'agir. Elles ont créé "Nous sommes la solution". « Nous avons compris que nous devions offrir une alternative aux gens. Pour cela, nous avons pensé qu'il nous fallait revenir à nos épices traditionnelles, celles que nos ancêtres utilisaient pour relever le goût. Nous avons donc créé "Nous sommes la solution" et nous avons commencé à expérimenter », raconte Mariama. Les membres ont consulté des nutritionnistes pour s'assurer que leurs bouillons étaient équilibrés sur le plan nutritionnel, puis elles ont mélangé les bonnes épices pour que le goût se rapproche de celui du bouillon industriel auquel elles s'étaient habituées. Jusqu'à présent, "Nous sommes la solution" a créé deux types de bouillons : un pour les recettes de crevettes et un autre appelé « très bon » dans la langue locale Layola.
« Nos bouillons ne permettent pas seulement d'améliorer la santé de la communauté, ils aident également les femmes à disposer de revenus un peu plus importants. Ce sont ces femmes qui amènent le bouillon sur les marchés et font le travail pour récolter et conserver les plantes traditionnelles que nous utilisons. » Ce projet soutient également la biodiversité, puisque l'un des principaux ingrédients provient d'un arbre local qui apporte plusieurs bienfaits pour la santé. Cet arbre était sur le point de disparaître, mais maintenant, grâce au bouillon, les communautés collaborent pour aider à sa conservation. Ce système alimentaire local profite désormais à toute la population.
Mais aussi positive que soit leur contribution à la communauté, l'avenir est incertain pour "Nous sommes la solution". Une série de procédures administratives nationales, de réglementations et de normes adaptées à l'agro-industrie empêche leur reconnaissance légale et leur certification.
D'autres initiatives communautaires à travers l'Afrique (et le monde) qui s'opposent aux filières alimentaires industrielles sont également confrontées à des difficultés similaires. Quand les États ne refusent pas activement leur soutien pour assurer la viabilité des projets de ce type, ils multiplient les obstacles tout en prêtant main-forte aux entreprises agro-industrielles. C'est un prix élevé à payer, non seulement en termes de santé publique, mais aussi pour la protection de l'environnement et le bien-être collectif.
Les données recueillies à travers tout le continent montrent que le système alimentaire industriel ne se préoccupe pas de la santé et de la nutrition des populations africaines. Tant que l'industrie dispose d'un marché pour ses produits et maximise ses profits, tout le reste a tendance à passer à la trappe. En revanche, l'agroécologie et la souveraineté alimentaire visent avant tout à garantir la santé et la nutrition dans tout le réseau de production, de transformation et de commercialisation des aliments – non seulement pour les individus, mais pour les communautés et l'environnement.








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Article 2

Envoi personnel du 04/03/2025 d'un article par Guy CRÉQUIE
Site : guycrequie.blogspot.com






Photo de canon tirant, symbole de la guerre.

Photo symbolique d'amour et de paix avec des mains formant coeur.


« POUR LA DÉCONSTRUCTION D’UNE CULTURE DE LA GUERRE
À L’ÉLABORATION D’UNE CULTURE DE LA PAIX »
 
 
Extrait du livre à paraître durant le second semestre 2025 :
« POUR UNE PARTICIPATION RÉELLE DES PEUPLES
À LA REPRÉSENTATION MONDIALE DES NATIONS POUR L’AVENIR DE L’HUMANITÉ !
»

Par Guy Créquie, écrivain français, observateur social.

 
 

   Il n’y a plus d’Occident uni, avec la venue de TRUMP comme Président ! Il vient d’annoncer la suspension provisoire de l’aide militaire à l’Ukraine en attendant la reprise de la discussion et de la signature sur les terres rares:
   [ en voir la définition par exemple de celles-là sur Wikipédia ]
   Plutôt, que de confier à quelques pays européens la force militaire de maintien de la paix après un cesser le feu et une négociation aboutie de paix : pourquoi ne pas le faire sous mandat de l’ONU, avec la présence de dizaine de milliers de casques bleus avec ainsi des moyens humains plus importants. Ce serait plus sécurisant en impliquant une force internationale débordant les seuls pays européens et sans apriori. Le mandat serait : faire respecter les accords ! Ceci donnerait un poids mondial pour une volonté de respect du droit international et de la souveraineté des nations.

   Pourquoi : les Grands États ont cette volonté de marginaliser et d’ignorer l’instance mondiale, née après la seconde guerre mondiale avec leur accord ? La réponse est que des intérêts nationaux, égoïstes de certains, et expansionnistes pour d’autres, l’emportent sur une vision universelle de paix et de dialogues entre systèmes politiques et de respect de continents différents.

   Il y a un risque de guerre en Europe sans un équilibre des forces. Il faut établir un mode de commandement de pays européens, membres de l’OTAN, en y ajoutant le Canada et la Turquie, débordant le cadre de l’UE actuelle, et relié aux Nations Unies de façon permanente.

   L’arme nucléaire, protège les intérêts vitaux, elle ne saurait être partagée et l’esprit de la dissuasion est celui de ne pas l’utiliser. Pour mon pays, elle reste française dans sa possession et sa décision.
La force de dissuasion nucléaire est, et sera encore un temps trop longtemps, un gage de la puissance et de l’indépendance française. Mais en même temps, ce constat démontre le drame et l’absurdité de cette arme terrifiante qui peut détruire l’humanité, devenue un symbole de la défense de la liberté et qui fait peur ! Au stade actuel, avec les dangers présents hélas, il ne peut en être autrement.

   Mais l’espèce humaine, se devrait de se doter d’autres moyens de son intelligence et de sa sagesse pour vivre en harmonie entre les nations et leurs peuples en osmose avec l’environnement naturel des autres espèces : animales, minérales, végétales…
   Nous laissons aux nouvelles générations une planète abîmée ! Comme nos successeurs, je souhaite leur détermination et courage pour préserver la vie et le respect de tous êtres et choses.

   Je sais : Il est sollicité l’engagement citoyen ; mais lorsque celui-ci se produit : il peut--être taxé d’irresponsable, voire d’incompétence ! Je refuse ces qualificatifs ! J’ai été un dirigeant syndical formateur de cadres syndicaux. Dès les années 90, alors que peu de personnes en parlaient, suite à des contacts et formations avec des médiateurs de la République; avec Charles ROJZMAN, le thérapeute social; avec le Professeur norvégien Johan GALTUNG, l’un de pionniers mondiaux de la recherche pour la paix; j’ai mis au point des formations relatives aux violence scolaires et urbaines: [qui ont été] débattues y compris au sein d’une Fondation formant des enseignants et après des expérimentations sur le terrain. Lors de mon départ à la retraite comme salarié et non comme écrivain, les Ministères de l’éducation nationale et de l’industrie ont attiré l’attention sur mes compétences auprès d’élus et de l’Inspection académique. En 2017, constatant que je n’avais jamais été sollicité, j’ai détruit tout mon matériel pédagogique : cours, transparents, vidéos.
   Ensuite, je me suis rendu entre 1968 et 2016, dans une soixantaine de pays, parfois au risque de ma vie [pour] proclamer la paix ! 


© Guy CRÉQUIE,
Messager de la culture de la paix par l’UNESCO ;
lauréat de l’Académie Européenne des arts, etc.

Site : guycrequie.blogspot.com








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Article 3

 Envoi personnel du 10/02/2025 d'un article par Rogue ESR
 Site : rogueesr.fr






Image symbolique du mode de vie en déclin aux U.S.A. avec corbeaux sur zone commerciale.

Image composée avec les bustes des broligarques Musk et Zuckerberg plus les symboles de leur société.


LE « LIBERTARIANISME »,
UNE BARBARIE OBSCURANTISTE, TECHNIQUEMENT ÉQUIPÉE
 
 
 
 


Source : rogueesr.fr/sans-loi-sans-regle/

Le coup de force libertarien aux États-Unis vise quatre cibles : la démocratie, les institutions régulatrices, les droits civiques et la science. Nous mettrons progressivement en ligne des articles de presse documentant les autodafés numériques perpétrés par les « DOGE thugs » (la jeune garde d’Elon Musk) qui visent aussi à intimider et à sidérer par le déploiement d’un imaginaire de méchants de Marvel Comics. Beaucoup découvrent, à cette l’occasion, cette extrême-droite prédatrice qui se qualifie de « libertarienne » ou d’« anarcho-capitaliste » — la seule liberté promue par ce libertarianisme, qui inspire les milieux d’affaires français, est la liberté de prédation intégrale et de création de zones « libres » exemptes de tout contrôle démocratique.

Avant d’en venir à leur corporate coup, l’extrême-droite libertarienne a déployé des stratégies « métapolitiques » contradictoires et complémentaires pour investir et noyauter le champ intellectuel, l’Université et la recherche. On estime à un milliard de dollars par an les sommes investies dans la falsification scientifique et le lobbying par les pétroliers (e.g. les frères Koch ou ExxonMobil), par les cigarettiers (e.g. Philip Morris), par l’agrobusiness (e.g. l’Agribusiness Parliamentary Front au Brésil) et par les techno-fascistes de la Silicon Valley. Les réseaux libertariens de désinformation sur l’environnement, le climat et les risques sanitaires comprennent le Cato Institute, le Heartland Institute, le Committee for a Constructive Tomorrow, la Foundation for Economic Education, la CO2 Coalition, le Manhattan Institute, le Ludwig von Mises Institute, le Consumer Choice Center et Students for Liberty. Ces think-tanks sont articulés en réseau par l’Heritage foundation, qui est maître d’œuvre du Project 2025 que l’administration Trump a commencé d’appliquer, et par l’Atlas Network, après que ce rôle a été assuré par l’American Enterprise Institute. La plupart des hommes d’affaires fortunés qui ont financé ce réseau ont appartenu au noyau dur de la John Birch Society pendant la guerre froide. En Angleterre, les think-tanks les plus connus sont la TaxPayers’ Alliance, l’Adam Smith Institute, l’Institute of Economic Affairs, et Policy Exchange.

L’investissement massif des milliardaires libertariens pour constituer des réseaux de promotion de leurs idées ambitionne de priver la science de sa visée collective et désintéressée de dire le vrai sur le monde. Cette entreprise de démolition de toute éthique intellectuelle et de toute norme de véridiction, accompagnée d’une valorisation du conflit d’intérêt comme norme positive, a ceci de dangereux qu’elle use du retournement du réel en reprenant à son compte la rhétorique du progrès et de la raison.

Ces lobbies pratiquent le science-washing en s’infiltrant dans des lieux académiques prestigieux, comme le montre cette semaine encore le Paris-Saclay SummitIls promeuvent la dérégulation des normes de véridiction scientifiques au nom du free speech de sorte que la propagande suprémaciste, eugéniste, masculiniste, antisémite mais aussi la désinformation scientifique puissent s’exprimer au même titre que la pensée libérale modérée. Ainsi, la revue Inference du tycoon [: grand seigneur] suprémaciste Peter Thiel mêle des articles de scientifiques reconnus, rémunérés 5 000 dollars, et des articles de falsification sur le climat ou l’évolution. L’un des hommes d’affaires libertariens féru d’éducation, M. Goodrich, formulait déjà cette thèse dans les années 1970 : « les libertés académiques sont en réalité un déni de liberté. » L’un de ses think tanks, Liberty fund, propose au format numérique une bibliothèque des écrits « libertariens », avec cette philosophie : « Il n’y a aucune raison qu’une bibliothèque universitaire contienne plus de 5 000 ouvrages, pourvu que ce soit les bons ouvrages. » En février 2021, le vice-président J.D. Vance lançait une déclaration de guerre aux sciences et à l’Université en en faisant un point de jonction entre paléo-conservatisme et libertarianisme  : « We have to honestly and aggressively attack the universities in this country. (…) The Universities are the enemy. (…) The professors are the enemy. »

L’extrême-droite libertarienne promeut une technophilie solutionniste, susceptible de séduire les milieux scientistes, et en même temps la falsification, l’obscurantisme, la manipulation, la destruction des principes de l’Université. Si elle est associée de longue date au climato-négationnisme et aux falsifications scientifiques qui touchent aux régulations agro-industrielles, elle prétend également détenir la « solution » au réchauffement climatique, en mêlant eugénisme, racisme et malthusianisme — d’où son obsession à prétendre à une origine génétique de l’intelligence, associée à une héritabilité du QI.

Comment le libertarianisme est-il passé d’une secte fondamentaliste, groupusculaire avant le Tea Party et la crise financière de 2007-2008, à la prise de contrôle de l’État fédéral étasunien ? Les politiques libertariennes ont reçu le soutien du secteur rentier de l’économie, donc des grandes entreprises technologiques, des industries énergétiques et du secteur financier, qui encouragent dérégulation et privatisations pour capter des sources de valeur et extraire des profits. Dans un jeu à somme nulle, le libertarianisme repose sur une prédation étendue à tous les secteurs de la société — système de santé, système scolaire, recherche, industrie spatiale, armée, etc. Il s’appuie sur une logique de rente particulièrement évidente dans les grandes entreprises du numérique, dont le modèle économique est fondé sur la vassalisation du secteur productif, rendu dépendant de leurs outils.

L’extrême-droite a trouvé dans le libertarianisme promu par Elon Musk, Peter Thiel ou Javier Milei une doctrine économique à sa mesure, naturalisant les inégalités et justifiant les politiques de destruction des services publics et de paupérisation du plus grand nombre. Réciproquement, les milieux d’affaires libertariens ont trouvé à l’extrême-droite un imaginaire qui suscite l’adhésion et le mouvement de majorités électorales. La volonté des techno-fascistes libertariens de mettre fin à la démocratie, à toute régulation, aux droits civiques et à la science comme commun de la connaissance, s’explique par la stagnation économique qui a résulté de décennies de « politique de l’offre ». Cette politique a naturellement été soutenue par le secteur concurrentiel de l’économie, qui dépend des aides publiques pour maintenir ses taux de profit en période de stagnation. En ce sens, la « solution » libertarienne est la réaction du néolibéralisme à sa propre crise — une « solution » qui ne répond à aucune des crises réelles qui frappent les sociétés occidentales, pas même à celle du système de production.



Rogue ESR
rogueesr.fr








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Article 4

Envoi personnel du 13/02/2025 d'un article par Jean-Luc GONNEAU






Image composée avec buste de P. Pétain et commentaire sarcastique.

Image symbolique de l'impérialisme égoïste et mercantile des U.S.A.


L’ESPERANCE EST UNE CHOSE… LE DÉSESPOIR, UNE AUTRE
 
 
Par José Barros

Traduction française de João Silveirinho

 

Hitler n’était pas fou ! Non monsieur, il ne l’était pas ! Qui, au Portugal, osait ce blasphème allait directement derrière les barreaux afin de ne pas contaminer d’autres personnes avec ces vérités qu’on ne pouvait pas dire ! Salazar était très prudent ! Et en France aussi, personne ne pouvait dire du mal d’Hitler parce qu’il était le sauveur du monde ! Même quand la France était occupée, Hitler venait dans n’importe quelle ville française « passer en revue » ses soldats et recevait les applaudissements des foules ! C’était ainsi, monsieur. Nous ne pouvons cacher cette réalité ! Et Hitler avait aussi en France, pendant l’occupation, des gens prudents pour protéger son nom. Au premier chef l’un des Français les plus prestigieux qu’était Pétain, et à sa suite comme flagorneur ,monsieur Pierre Laval, qui se lança dans une politique collaborationniste et entraina avec lui plusieurs forces issues pourtant de la gauche ! Hé! oui, de la gauche aussi, pourquoi ne pas le dire ? Ceux qui s’opposèrent à cette politique d’appui au nazisme durent entrer dans la clandestinité, comme cela arriva souvent à bien d’autres défenseurs de la liberté et de la démocratie. Des hommes et des femmes de gauche, et de droite, parmi lesquels évidemment le général De Gaulle.  

Allons, allons… diront bien des gens ! Le temps d’Hitler, c’est du passé, et nous vivons aujourd’hui d’autres temps !  C’est vrai, aujourd’hui nous vivons d’autres temps et même des temps dorés que le progrès et ses avancées technologiques ont permis… Mais la mémoire, la mémoire humaine, elle n’a pas toujours réussi à garder sous clefs ses enseignements pour pouvoir les transmettre aux générations futures… Même si les historiens ont édité des milliers d’ouvrages à des milliers d’exemplaires, et nous ont aussi laissé des films qui parlent de témoignages d’histoires vécues… même ainsi on n’a pas trouvé une méthode pour empêcher le temps d’effacer la mémoire !  

Et c’est effort que nous devons faire. Un effort pour que la mémoire ne s’efface pas parce que nous vivons toujours sous le danger que de nouveaux courants de pensée avec des méthodes proches de celles de Hitler surgissent et soient reçues avec des applaudissements ! D’ailleurs, ce « nouveau » vocabulaire de Trump et du président argentin Javier Milei et d’autres discours du même acabit, que la diplomatie ne saurait tolérer, sont des résurgences de ces discours de haine dont personne ne pourrait imaginer que, traités d'hommes intelligents et responsables, [certains] pourraient proférer depuis les fauteuils de leurs hautes charges. Mais c’est ce qui est en train d’arriver ! Et on peut imaginer, avec ces discours, comment le général De Gaulle serait traité par ce vocabulaire courant… Il serait traité, sans retenue, de « merde », d’insoumis méritant la prison ! Trump ne connait que les règles des affaires et selon son vocabulaire… les affaires n’ont pas besoin de gens fragiles ! Une économie solide a besoin de gens solides et embarqués dans la grandeur et la solidité de l’économie ! Le reste, tous les autres, sont des déficients ou des « gauchiasses » ! Oui, tous une « merde » d’incompétents ! Je suis conscient, disant cela, que monsieur Trump peut dire à sa police de m’interdire d’entrer dans son pays ! Mais aussi je n’ai pas d’argent pour aller le dépenser là-bas !

Aujourd’hui déjà, nous comprenons davantage qu’avec ce vocabulaire débridé, les trumpistes disent tout ce qui leur passe par la tête sans mûrir quelque réflexion ! Nous entendons même Trump-le-tout-puissant dire qu’il « peut annexer d’autres territoires à l’Amérique pour enrichir la population de la périphérie qui y vivent dans la misère » ! Et qu’il peut apporter de l’aide à d’autres pays en souffrance… à l’Ukraine par exemple, assurant aussi, en même temps, avec son expertise et sous sa responsabilité l’exploitation des ressources naturelles, des richesses qu’eux, les autochtones (nda : ce mot ne fait pas partie du langage de Trump, qui a du mal à le prononcer et n’en comprend pas le sens) ne savent pas exploiter ! Et encore… apporter aussi l’aide de l’Amérique à Gaza pour en finir avec la guerre ! Nous pouvons, dit, monsieur Trump, dans une déclaration sérieuse, transformer cet espace en un centre touristique, paradisiaque, avec les meilleures plages du monde, des résidences de luxe et des hôtels cinq étoiles ! Il suffit de délocaliser la population qui y vivent dans des pays limitrophes et nettoyer cet espace : « c’est un projet avec une perspective d’un futur et d’une économie, fulgurantes, où nous pourrions investir des milliards de dollars et en conséquence en tirer beaucoup de profit » ! Monsieur Netanyahou, qui a déjà bombardé tout le territoire et pulvérisé tout ce qui était construit, n’avait pas pensé à cette hypothèse, mais en l’entendant, il l’a trouvée séduisante ! Evidemment, monsieur Trump n’a pas consulté la population qui vit à Gaza. Cela n’entre pas dans son catalogue de réflexions ! Il a pensé, ça oui, aux muscles nécessaires pour ça ! Cet homme est un politicien à la tête pensante qui pense ! Il pense et va faire des choses… et nous ne pouvons le négliger car il a des supporters qu’il encourage avec ces vociférations : vive la diplomatie de Trump ! Vive la politique du colt ! 


José BARROS

Des renseignements sur lui à cette adresse (en portugais)
portugalrebelde.blogspot.com/2024/11/jose-barros-enraizado.html







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Article 5

Transmission personnelle le 03/03/2025 d'un article par Moise DORCÈ






Image symbolique de l'Europe assaillie par l’extrême droite qui lui fait porter une svastika nazie.

Image symbolique de culture woke contestataire sur fond d'incendie en cité.


ANTIFÉMINISME ET EXTRÊME DROITE : UN COCKTAIL DANGEREUX
 
 
Par Camille WERNAERS
 


Source : revuepolitique.be/antifeminisme-et-extreme-droite-un-cocktail-dangereux/

08.03.2022

L’antiféminisme inonde les discours d’extrême droite qui appelle à des actions violentes. Alors que certains de ces hommes prennent réellement les armes, d’autres utilisent l’arsenal législatif pour limiter les droits des femmes.

Depuis une quinzaine d’années, au sein d’une société divisée qui connaît de multiples crises (sociale, démocratique, écologique et désormais sanitaire), l’extrême droite et le populisme de droite gagnent du terrain dans le paysage politique européen. Lors des dernières élections européennes, la percée était d’ailleurs notable dans certains pays, tels que l’Italie, l’Espagne et la Belgique où le score du Vlaams Belang a atteint 11,45 %, le parti triplant sa représentation. « Or, l’extrême droite,faite de repli sur soi et de considérations sécuritaires, […] représente une menace réelle, qu’il est nécessaire d’adresser de front », écrit Florence Vierendeel, chargée d’étude au sein des "Femmes prévoyantes socialistes" (FPS) [*1.F. Vierendeel, Extrême droite et atteinte à la démocratie : pour un réveil politique et citoyen, "Femmes prévoyantes socialistes", 2021.]. Si la menace de ce climat ultra-conservateur est effectivement réelle, elle l’est d’autant plus pour certaines parties de la population, parmi lesquelles les femmes et les minorités : « L’extrême droite met en péril l’ensemble de la démocratie […] mais elle menace plus particulièrement les avancées obtenues par les femmes », observe ainsi l’association Vie Féminine.

L’un des derniers avertissements en la matière est arrivé en 2020 dans le rapport annuel d’Europol [*2.Europol, European Union Terrorism Situation and Trend report, 2020.] sur l’état du terrorisme dans l’Union européenne. « Plusieurs pays membres, dont la Belgique, la France et la Slovénie ont rapporté l’émergence de groupes paramilitaires qui considèrent que les États sont impuissants à protéger la population contre ce qu’ils perçoivent comme étant une menace, à savoir l’immigration et l’islam », pouvait-on y lire.

« Grand remplacement »

Par ailleurs, l’un des éléments pointé par Europol dans son rapport sont les liens étroits entre les théories misogynes et l’antiféminisme avec les idéologies d’extrême droite. L’« extrême droite » recoupe des réalités différentes, il y a néanmoins des éléments récurrents selon le politologue Jérôme Jamin [*3.O. Leherte, « Ultra droite, extrême droite, droite radicale,… Quels mots pour quelle réalité ? », RTBF, 27 janvier 2019.] : « La croyance en l’inégalité entre les peuples, les cultures, les civilisations, les races et les individus, […] considérée comme immuable, […] l’attachement à la Nation, qui est un rempart contre l’ennemi extérieur et [l’idée] qu’il faut agir de manière radicale. » Cette « inégalité immuable » se situerait également entre les femmes et les hommes, ce qui placent les féministes, elles qui luttent pour l’égalité, dans le viseur de l’extrême droite. L’antiféminisme s’insère dans ce cas-ci dans les « théories du grand remplacement » : « Le féminisme aurait été inventé pour distraire les femmes de leur rôle ‘naturel’ de mères, et est par conséquent blâmé pour la chute des taux de natalités dans les pays de l’Europe occidentale, ce qui a finalement permis l’immigration », souligne le rapport d’Europol.

Dans son manifeste, le terroriste d’extrême droite norvégien Anders Breivik écrivait : « Il faut parfois tuer des femmes, même si elles peuvent être très attirantes. » En Belgique, le Vlaams Belang encourage ses militants à fréquenter les salles de tirs [*4.V. Georgis, « L’extrême droite belge, identitaire et conspirationniste », L’Echo, 9 janvier 2021.] et en 2019, la VRT [Vlaamse Radio- en Televisieomroeporganisatie] a révélé une photo de Dries Van Langenhove exhibant une arme ; il est le fondateur de Schild en Vrienden (un mouvement de jeunesse nationaliste flamand fondé en 2017, littéralement « Bouclier et amis ») et élu Vlaams Belang. Auparavant, un reportage de l’émission Pano, diffusé le 5 septembre 2018 sur la VRT, avait montré que les membres de Schild en Vrienden postaient des messages racistes, antisémites, glorifiant la violence ou encore sexistes dans des groupes de discussion secrets en ligne. De quoi parle-t-on exactement ? L’image d’une pelle avec, en légende, la mention « Comment draguer des juives » y était par exemple partagée. Également une illustration où l’on aperçoit Cendrillon frotter le sol à genoux, avec le message : « Si l’on suit le film à l’envers, on obtient l’histoire d’une femme qui apprend quelle est sa place. » [*5.D. Hendrikx, « Schild & Vrienden : le racisme ne doit pas éclipser le sexisme », DaarDaar, 16 juin 2019
]. Le parquet de Flandre orientale avait ouvert une enquête pénale suite à la diffusion du reportage. Dries Van Langenhove, ainsi que huit autres « membres présumés du noyau dur de Schild & Vrienden », selon les termes du parquet, avaient été mis en cause en juin 2019 pour des infractions aux lois sur le racisme et le négationnisme (et pas sur le sexisme, notons…). L’immunité parlementaire de Dries Van Langenhove a été levée en mars 2021 par la Chambre, réunie en séance plénière. La chambre du conseil de Gand doit décider si Dries Van Langenhove et les autres suspects doivent répondre de leurs actes devant le tribunal correctionnel.

Récemment, le tribunal correctionnel de Gand a déjà eu affaire au chirurgien esthétique Jeff Hoeyberghs. Invité fin 2019 par l’association des étudiants catholiques, nationalistes, flamands (KVHV)[*6.A. Touriel, « Georges-Louis Bouchez présent à un débat KVHV: quel est ce club étudiant flamingant? », RTBF, 20 octobre 2021.] – dont de nombreux membres rejoignent d’ailleurs Schild en Vrienden après leurs études-, il avait tenu une série de propos sexistes et racistes : « Le problème de #Metoo, c’est que les femmes n’ouvrent plus leurs cuisses », « Le climat ne change pas les petits gars, […] je m’en bats les couilles [sic] si ces salauds [les habitant·es des îles] sont trop faibles pour déplacer leur hutte 100 mètres plus haut sur la colline. Qu’ils se noient ! » Au début de cette année, Jeff Hoeyberghs a été condamné à dix mois de prison, dont la moitié avec sursis, et à une amende de 8 000 euros pour sexisme et discrimination. Il a immédiatement annoncé qu’il ferait appel de sa condamnation, se cachant derrière la liberté d’expression (qui est encadrée par des textes de loi dans notre pays). « La Cour constitutionnelle a récemment rendu un arrêt dans lequel elle estime que le crime de lèse-majesté viole la liberté d’expression. Mais l’opinion forte d’un homme blanc sur certaines femmes donne bien lieu à une condamnation avec une peine de prison effective. Comprendra qui pourra », a réagi son avocat, Me Rider. L’association KVHV a quant à elle été suspendue deux mois fin 2019 par l’UGent.

Dans l’ombre des Incels

De l’autre côté de la frontière linguistique, dans l’affaire Sami Haenen, du nom de ce Flémallois âgé de 34 ans et poursuivi en octobre 2021 devant la cour d’assises de Liège pour des faits assimilés à un délit de presse, on retrouve exactement cette même haine des femmes et des féministes, ce même recours à la liberté d’expression. Dans différents messages postés sur les réseaux sociaux, il menaçait les femmes et les féministes, notamment à l’aide d’une batte de baseball. Il décrivait les femmes comme ses ennemies et comme responsables de sa misère sexuelle et affective. Sami Haenen se disait prêt à donner sa vie pour combattre « le fléau du féminisme. » Une rhétorique typique et fréquente au sein des Incels, un mouvement masculiniste dont il se réclame. Il s’agissait du premier procès d’assises qui concerne un délit de presse reposant sur des écrits sur le web. Sami Haenen a finalement été reconnu coupable de ce délit de presse en raison de menaces haineuses envers les femmes et condamné à 12 mois de prison avec un sursis probatoire de 2 ans.

Incel est un néologisme formé par les mots « involuntary celibate », c’est-à-dire célibataire involontaire. Il existe, selon le rapport d’Europol, des liens entre les idéologies d’extrême droite et les Incels. Europol observe que cette « communauté misogyne, principalement composée de jeunes hommes, se rencontrent sur le web, dans des espaces semblables à ceux fréquentés par les suprémacistes blancs et ils blâment les féministes, pour leur incapacité à trouver une partenaire sexuelle ». Ces communautés en ligne promeuvent activement la misogynie et la violence contre les femmes. Sur le site Incel.me, comptant 5 000 membres et interdit aux femmes, on peut lire « le viol est sûrement cent fois plus plaisant que le sexe classique ». « Certains encouragent leurs camarades ayant une vie sexuelle peu satisfaisante à essayer et postent même des tutoriels détaillant les techniques pour ne pas se faire arrêter par les forces de l’ordre lorsqu’on est un violeur en série », souligne le journal Le Monde.

Certains Incels passent à l’acte et ont commis des attentats ou tueries de masse aux États-Unis mais aussi en Europe. En mai 2014, en Californie, Elliot Rodger tue au couteau, à l’arme à feu et avec une voiture-bélier 6 personnes et en blesse 14 autres, avant de se suicider. Le jour de la tuerie, Elliot Rodger avait posté sur les réseaux sociaux une vidéo intitulée « Châtiment ». Il y expliquait vouloir se venger des femmes, qui l’avaient toujours « rejeté ». Il est depuis héroïsé par les Incels qui font souvent référence à lui. En avril 2018 à Toronto, Alek Minassian, âgé de 25 ans, tue 10 personnes et en blesse 14 autres avec une voiture-bélier. Les victimes sont majoritairement des femmes, c’est pourquoi la thèse du féminicide est privilégiée durant son procès. Peu avant l’attaque, il avait posté sur Facebook que « la rébellion incel a déjà commencé » et avait parlé d’Elliot Rodger. En février 2020, en Allemagne, Tobias Rathjen, 43 ans, ouvre le feu sur plusieurs personnes dans des bars à chicha, faisant 10 morts et 6 blessés. Dans son manifeste, il se décrit comme un incel n’ayant jamais eu de relation avec une femme et tient des propos racistes. En août 2021, Jake Davidson, 22 ans, ouvre le feu à Plymouth, tuant 5 personnes, dont une petite fille de 3 ans et son père. Il commet ainsi la première fusillade de masse au Royaume-Uni depuis 11 ans. Il se revendiquait incel sur sa chaîne Youtube.

Une étude [*7.O. Young, « What Role Has Social Media Played in Violence Perpetrated by Incels? », Peace Studies Student Papers and Posters,‎ 15 mai 2019.] a conclu en 2019 que la violence incel était « une menace réelle » qui devrait être considérée en lien avec « d’autres attaques misogynes telles que les féminicides et la violence sexuelle ; et dans le cadre d’une vague plus large de violence d’extrême droite ».

Un régime politique patriarcal et réactionnaire

« C’est vraiment étonnant, ce à quoi les gens peuvent s’habituer, pour autant qu’il y ait quelques compensations… », prévient la série dystopique Handmaid’s tale (La Servante Écarlate) qui emprunte des éléments à tous les totalitarismes mais particulièrement à celui d’extrême droite alors que la République de Gilead instaure, après un coup d’État armé de certaines classes dominantes, un régime politique patriarcal et réactionnaire qui s’en prend particulièrement aux femmes et à leur maternité, sur fond de crise écologique. Une série qui permet, comme nombre de dystopies [: récits de fiction, se déroulant dans une société imaginaire sombre, visant à en dénoncer les défauts (plus de précisions sur Wikipédia], de porter un autre regard sur notre actualité, notamment aux États-Unis où la saison 1 a été diffusée peu après l’élection de Donald Trump, premier président américain de toute l’histoire du pays à prendre part à la « Marche pour la vie », un événement annuel des groupes anti-avortement. Une position qui s’était sentie durant son mandat et qui continue à affecter les femmes aux États-Unis Américaines de nos jours. La Cour suprême des États-Unis, profondément remaniée par Trump, a porté un coup dur au droit à l’avortement en septembre 2021, en refusant de bloquer une loi du Texas qui interdit la majorité des interruptions de grossesse, même en cas d’inceste ou de viol.

En Corée du Sud, les candidats nationalistes à l’élection du 9 mars 2022 tentent à tout prix de plaire aux jeunes hommes (masculinistes). L’une des principales figures de l’opposition, le conservateur Yoon Seok-yul, a indiqué vouloir supprimer le ministère du Genre qui œuvre à l’égalité hommes-femmes dans le pays, un ministère qu’il juge « obsolète » et « traitant les hommes comme des criminels ». En Inde, en réponse aux demandes des masculinistes qui défendent « les droits des hommes », le gouvernement nationaliste hindoue a récemment bloqué l’adoption d’une loi qui criminaliserait le viol conjugal. Il n’est donc pas interdit pour un homme de violer sa femme, ou plus précisément « les rapports sexuels d’un homme avec sa propre épouse, si l’épouse a plus de 15 ans, ne constituent pas un viol », comme le stipule toujours le code pénal indien.

En Espagne, pays plutôt avant-gardiste dans la lutte contre les violence sexistes, les élections législatives de 2019 ont vu une percée importante du parti d’extrême droite Vox, aux discours ouvertement xénophobe et antiféministe et qui remet systématiquement en cause la réalité des violences faites aux femmes dans le pays. Vox voudrait notamment abroger la loi sur la violence de genre, datant de 2004 qui serait « discriminatoire envers les hommes » et réclame l’exclusion des interruptions volontaires de grossesse (IVG) du système de santé publique. « La montée des extrêmes-droites en Europe a donné lieu à un retour sur la scène politique de discours qu’on croyait enterrés, vantant les mérites de la « famille traditionnelle ». Les femmes doivent se conformer à un modèle unique, les confinant dans la sphère privée dans le rôle de l’épouse soumise, la mère de famille », souligne la journaliste Safia Kessas dans une chronique sur le sujet. « Vox est en faveur de l’allongement des congés de maternité et l’augmentation des allocations familiales pour les mères et ce n’est pas pour les beaux yeux des femmes mais pour leurs ventres. Les extrêmes-droites font la promotion de ce modèle de société qui dénie aux femmes leurs droits et leur autonomie », poursuit-elle.

En Pologne, le gouvernement conservateur et nationaliste – qui soutient des manifestations d’extrême droite – a annoncé en janvier 2021 l’interdiction presque totale de l’avortement. Les femmes polonaises ne peuvent normalement plus avorter sauf en cas de viol ou d’inceste, ou lorsque la vie de la mère est en danger. Moins d’un an plus tard, en novembre 2021, Izabela est décédée dans un hôpital parce que les médecins ont refusé de pratiquer l’avortement de son fœtus, non viable, choisissant d’attendre qu’il meure naturellement in utero, ce qui a entraîné la mort de la patiente par choc septique. Le 25 janvier 2022, et après avoir déjà survécu à un arrêt cardiaque, Agnieszka meurt à l’hôpital. Enceinte de jumeaux, cette mère de trois enfants était entrée un mois plus tôt à l’hôpital pour de fortes douleurs abdominales. Un premier fœtus meurt deux jours après mais les docteurs refusent de l’enlever de son ventre, citant notamment la nouvelle loi adoptée par le gouvernement. À partir de là, son état se serait rapidement détérioré et le second fœtus décède une semaine après. Ce n’est que deux jours plus tard, le 31 décembre, que les médecins procèdent enfin à un avortement. Trop tard pour sauver la maman, selon sa famille. Par peur de poursuites, les médecins n’osent désormais plus pratiquer des avortements, y compris dans les cas où la vie de la mère est en danger. « En tant que femme en Pologne, je m’inquiète. Pas seulement d’être rejetée par les hôpitaux si jamais j’ai besoin d’avorter, mais surtout que ma voix ne soit pas entendue par la société », explique Weronika à la RTBF.

Pendant que d’aucuns pérorent sur le danger supposé de l’« idéologie woke » [8.Du terme woke, qui signifie « éveillé », le terme désigne le fait de lutter contre des injustices. Repris par la droite radicale aux États-Unis pour, selon Renaud Maes, « se moquer des gens qui militent dans les mouvements pour l’émancipation », il est depuis arrivé dans cette acception en France et en Belgique.], c’est à ça que font face aujourd’hui les mouvements féministes et progressistes partout dans le monde.


Camille WERNAERS
Journaliste et réalisatrice,
spécialisée dans les questions de genre.
Voir un aspect intéressant de son profil








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Dernière modification : 16.03.25, 13:30:20